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	<title>Jean-François Revel</title>
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	<pubDate>Fri, 02 May 2008 07:32:10 +0000</pubDate>
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		<title>Pierre Nora: à la rencontre des disparus: Jean-François Revel</title>
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		<pubDate>Fri, 21 Mar 2008 13:15:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Administrator</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[
L&#8217;académicien Pierre Nora était l&#8217;invité la semaine dernière de Raphaël Enthoven dans son émission Les nouveaux chemins de la connaissance sur France Culture, pour une série de cinq entretiens le concernant.
Il a choisi de se révéler en consacrant l&#8217;une de celles-ci à Jean-François Revel, dont il était un ami proche, et de longue date.
Voir la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.academie-francaise.fr/images/immortels/portraits/nora.jpg" alt="Pierre Nora" class="nora" align="right" /></p>
<p>L&#8217;académicien <a href="http://www.academie-francaise.fr/immortels/base/academiciens/fiche.asp?param=701">Pierre Nora</a> était l&#8217;invité la semaine dernière de Raphaël Enthoven dans son émission <em>Les nouveaux chemins de la connaissance</em> sur France Culture, pour une série de cinq entretiens le concernant.</p>
<p>Il a choisi de se révéler en consacrant l&#8217;une de celles-ci à Jean-François Revel, dont il était un ami proche, et de longue date.</p>
<p><strong><a href="http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture/emissions/chemins/fiche.php?diffusion_id=60469">Voir la page de l’émission sur France Culture</a></strong></p>
<p><a href="http://www.tv-radio.com/ondemand/france_culture/CHEMINS/CHEMINS20080312.ram">Lien direct pour écouter l&#8217;émission</a> (format Real)</p>
<p>Citation de Revel tirée de l&#8217;émission :</p>
<p>«<em>Il y a une chose à laquelle on ne songe jamais assez souvent quand on dit à quelqu’un ‘vous avez changé’ - c’est que le monde aussi change.</p>
<p>Vers 1960-65, il était encore raisonnable par exemple de parier sur une certaine démocratisation de l’Union soviétique.</p>
<p>Il était encore raisonnable de parier sur la libéralisation du Parti communiste français.</p>
<p>Il était raisonnable de parier sur la réussite de certaines expériences dans le tiers-monde, comme Cuba, la Tanzanie ou l’Algérie.</p>
<p>Il était raisonnable de penser que l’autogestion yougoslave avait encore une chance de s’en sortir, que l’expérience chinoise méritait l’intérêt.</p>
<p>Depuis ces dates, toutes les expériences que je viens de citer ont sombré dans une faillite noire. L’URSS a envahi Prague, la Pologne se décompose…</p>
<p>Ce n’est pas un individu qui change, c’est un individu qui tire la leçon des événements.</p>
<p>C’est comme si vous disiez à quelqu’un qui vivait au XVIIe siècle: ‘Je remarque qu’en 1600 vous étiez persuadé que la terre était immobile, et qu’en 1632 vous croyez maintenant qu’elle tourne. Alors vraiment, vous êtes une girouette!’ Mais dans l’intervalle il y a eu Galilée, je m’excuse!</em>»</p>
<p><small>Merci à <a href="http://www.sardanapale.com">Sardanapale</a> pour <a href="http://www.sardanapale.com/2008/03/20/why-david-mamet-and-jean-francois-revel-changed-their-minds/#comments">la restranscription</a></small></p>
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		<title>Discours de réception de Max Gallo à l&#8217;Académie française</title>
		<link>http://chezrevel.net/discours-de-reception-de-max-gallo/</link>
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		<pubDate>Thu, 31 Jan 2008 16:45:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Administrator</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Académie française]]></category>

		<category><![CDATA[Articles d'autres auteurs]]></category>

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		<description><![CDATA[Discours de Monsieur Max Gallo, élu à l’Académie française, le jeudi 31 janvier 2008, en hommage à son prédécesseur au fauteuil n° 24, Jean-François Revel.
Article sur le site de l&#8217;Académie
Mesdames et Messieurs de l&#8217;Académie,
J&#8217;ai beaucoup écrit et souvent pris la parole.
Trop, ont dit certains, sans que cela n&#8217;interrompe le flux de mots qui m&#8217;a emporté [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Discours de Monsieur Max Gallo, élu à l’Académie française, le jeudi 31 janvier 2008, en hommage à son prédécesseur au fauteuil n° 24, Jean-François Revel.</p>
<p><a href="http://www.academie-francaise.fr/immortels/discours_reception/gallo.html">Article sur le site de l&#8217;Académie</a></p>
<p>Mesdames et Messieurs de l&#8217;Académie,<br />
J&#8217;ai beaucoup écrit et souvent pris la parole.<br />
Trop, ont dit certains, sans que cela n&#8217;interrompe le flux de mots qui m&#8217;a emporté depuis l&#8217;adolescence.<br />
Or, j&#8217;ai craint que ce flux, dès que vous m&#8217;avez élu au 24e fauteuil de votre Académie, ne fût tari.<br />
Je savais ce que je voulais vous dire, mais, avait déjà noté Jean-François Revel, mon prédécesseur à ce fauteuil, dans son discours de réception, le 11 juin 1998 :</p>
<p>&#8220;L&#8217;homme ému ne dispose pas d&#8217;une infinité de façons d&#8217;exprimer sa gratitude quand il entre dans votre académie.&#8221;<br />
Quels sont donc les mots justes ?<br />
Ceux qui me viennent de loin.<br />
Car vous avez élu, Mesdames et Messieurs de l&#8217;Académie, un fils d&#8217;immigrés italiens, originaire de la Gaule cisalpine &#8212; le Piémont et l&#8217;Émilie - et, longtemps avant moi, d&#8217;autres choisis par vous arrivaient de terres bien plus étrangères.</p>
<p>Car vous avez élu le fils d&#8217;un ouvrier électricien et mon premier diplôme est un certificat d&#8217;aptitude professionnelle de mécanicien-ajusteur.</p>
<p>Vous affirmez ainsi, une nouvelle fois, que votre conception de l&#8217;unité et de l&#8217;identité nationale française, dont votre compagnie reste depuis Richelieu l&#8217;une des expressions majeures, est ouverte.</p>
<p>En m&#8217;élisant, et je mesure avec humilité et gravité l&#8217;honneur que vous m&#8217;accordez, vous m&#8217;invitez à une communio.n solennelle avec la France.</p>
<p>Cependant, Mesdames et Messieurs de l&#8217;Académie, si, me présentant devant vous, mon trouble est profond, c&#8217;est parce que je succède à Jean-François Revel.<br />
En effet, comme vous, je porte le deuil de cet homme que j&#8217;aimais.</p>
<p>Tout au long de ma vie, Jean-François Revel m&#8217;a tendu la main.<br />
Lorsque, au mois de juin 1968, je lui ai envoyé par la poste le manuscrit d&#8217;un essai sur les événements de Mai, que j&#8217;avais vécus comme professeur d&#8217;histoire à la faculté des lettres de Nice, il a répondu moins d&#8217;une semaine après à l&#8217;anonyme que j&#8217;étais et a publié ce petit texte dans la collection Contestation qu&#8217;il venait de créer.<br />
J&#8217;ai mesuré, dès cette première rencontre, que le goût des idées, le respect de celles des autres, la volonté de les promouvoir si elles lui paraissaient utiles au débat, lui importaient autant que le succès des siennes, parce qu&#8217;il plaçait au-dessus de tout la liberté d&#8217;expression.<br />
Jean-François Revel n&#8217;a cessé dès lors de m&#8217;ouvrir des portes.<br />
Il était de ces amis qui vous aident sans que vous ayez besoin de faire appel à eux.<br />
Avant même que je ne le sollicite, Jean-François Revel comprenait le souhait que je n&#8217;osais exprimer.<br />
Il a ainsi changé le cours de ma vie.<br />
Et lui succéder aujourd&#8217;hui m&#8217;étreint.<br />
En apprenant que je pouvais être candidat à son fauteuil, je dois avouer que j&#8217;y ai vu comme un signe de sa part, une invitation à tenter l&#8217;impossible.</p>
<p>Je sais qu&#8217;il rirait aux éclats de ces propos &#8220;irrationnels&#8221;, mais je me sens tenu de vous faire cet aveu.<br />
Au vrai, je lui dois bien plus que l&#8217;aide spontanée, fraternelle et généreuse qu&#8217;il m&#8217;a apportée, et sans laquelle celui qu&#8217;aucun héritage n&#8217;a initié aux rituels sociaux s&#8217;égare et risque à chaque pas de renoncer ou de dépérir, voire de mourir étouffé par le désespoir, la colère et même la rage.<br />
En fait, au-delà de son attention amicale, ses livres, ses articles, et surtout son indépendance d&#8217;esprit, son courage, sa clairvoyance m&#8217;ont guidé.<br />
J&#8217;ai eu la sensation, en le côtoyant, d&#8217;être à la fois devant un homme bon et rigoureux, ouvert à mes analyses, mais intransigeant dès lors qu&#8217;il s&#8217;agissait de la vérité.<br />
Il frappait alors à coups redoublés.<br />
Il m&#8217;a évité la cécité et la bonne conscience que suscitent les origines modestes lorsqu&#8217;on se vit comme un humilié et un offensé.<br />
Ainsi, durant toute mon enfance, j&#8217;avais écouté avec ravissement ma grand-mère Italina et ma mère Mafalda raconter, dans leur langue d&#8217;Émilie, leur Italie perdue en répétant Amarcord, Amarcord, je me souviens.<br />
Par mon père j&#8217;étais le petit-fils d&#8217;un piquapeira, casseur de pierres piémontais.<br />
J&#8217;étais donc partagé, victime de cette schizophrénie des immigrés, écartelés entre les images d&#8217;un pays qu&#8217;on n&#8217;a pas connu mais qui est la terre des souvenirs familiaux, et les leçons de l&#8217;instituteur républicain et patriote. On ne laissera pas &#8220;germaniser la plaine&#8221;, mais c&#8217;est du côté de Turin et de Parme que votre mémoire familiale vagabonde.</p>
<p>Revel m&#8217;a aidé à explorer cette dichotomie.<br />
Il avait publié en 1958 <i>Pour l&#8217;Italie</i>. Je l&#8217;ai lu. L&#8217;Italie, c&#8217;était donc cela ! Une terre, un peuple, une histoire à aimer, mais aussi, comme en toute nation, une étouffante accumulation de préjugés.<br />
Derrière le décor des Amarcord nostalgiques, grâce à Jean-François Revel, j&#8217;ai découvert la réalité.<br />
De même, alors que mon père, autodidacte, combattant de la Grande Guerre, me hissait sur ses épaules, en 1936, pour que je voie mieux les &#8220;lendemains qui chantent&#8221;, Jean-François Revel, tout au long de son oeuvre, avec sa bienveillante attention et l&#8217;exemple de lucidité intrépide qu&#8217;il donnait, m&#8217;a conduit à comprendre ce siècle, et non plus seulement à me laisser bercer par les émotions et la fraternité des réunio.ns où l&#8217;on chante en choeur l&#8217;espérance et la &#8220;lutte finale&#8221;.<br />
&#8220;Le grand malheur du xxe siècle, écrit Jean-François Revel, ce sera d&#8217;avoir été celui où l&#8217;idéal de la liberté aura été mis au service de la tyrannie, l&#8217;idéal de l&#8217;égalité au service des privilèges, toutes les forces sociales comprises à l&#8217;origine sous le vocable de gauche embrigadées au service de l&#8217;appauvrissement et de l&#8217;asservissement.<br />
&#8220;Cette immense imposture a falsifié tout le siècle en partie par la faute de quelques-uns de ses plus grands intellectuels.&#8221;<br />
Ainsi, c&#8217;est avec Jean-François Revel que j&#8217;ai depuis quarante ans dialogué.<br />
Il n&#8217;imposait pas son point de vue, mais il était comme ces joueurs d&#8217;échecs, les grands maîtres, devant qui l&#8217;on se sent désarmé, que l&#8217;on veut imiter, de qui l&#8217;on veut apprendre et qu&#8217;on ne peut contester qu&#8217;en quittant le jeu, trop exigeant, et en reprenant les parties de belote si rassurantes.</p>
<p>Mais, peu à peu, d&#8217;hésitations en errements, de livre en livre, de chroniques en éditoriaux, j&#8217;ai abandonné les jeux de cartes.<br />
J&#8217;ai écrit comme si Jean-François Revel avait été penché sur mon épaule, compréhensif et impitoyable, approbateur ou déçu, voire accablé, mais toujours amical et affectueux.<br />
Il l&#8217;a été pour moi, et pour tous ceux qui restaient enfoncés ou retombaient dans leurs erreurs. Ainsi son ami Louis Althusser.<br />
Mais il n&#8217;a jamais dérogé à cette règle qu&#8217;il avait faite sienne : &#8220;J&#8217;ai de l&#8217;amitié pour Platon, mais plus encore pour la Vérité.&#8221;<br />
J&#8217;ai donc partagé le jugement qu&#8217;il porte sur le xxe siècle qui, dit-il, &#8220;a surpassé tous les autres dans l&#8217;art et la technique d&#8217;enfermer les hommes et de les exterminer&#8221;.<br />
J&#8217;ai rejeté avec lui et expérimentalement, en étudiant telle ou telle période de notre passé, ces &#8220;lois de l&#8217;Histoire&#8221; qui ne sont que le masque du renoncement à la liberté créatrice de l&#8217;homme.<br />
&#8220;L&#8217;Histoire est un théorème indémontrable&#8221;, écrit Revel dans <i>Le Voleur dans la maison vide</i>.<br />
&#8220;Elle est l&#8217;enfant de notre seule pensée et de notre besoin d&#8217;interrogation, d&#8217;explication, de synthèse.</p>
<p>&#8220;Comment pourrions-nous éprouver ce besoin si l&#8217;Histoire, qu&#8217;elle soit collective ou individuelle, ne pouvait pas à tout instant devenir autre qu&#8217;elle n&#8217;est ? L&#8217;Histoire ne fixe aucun rendez-vous, elle ne pose que des lapins. Seul l&#8217;homme peut se fixer des rendez-vous à lui-même, et seul il a le pouvoir de s&#8217;y rendre.&#8221;<br />
Revel place donc l&#8217;homme au centre du jeu, c&#8217;est-à-dire face à ses responsabilités individuelles.<br />
C&#8217;est pour les fuir qu&#8217;on prétend que des mécanismes incontrôlables, économiques, sociaux ou politiques, ont le pouvoir de déterminer notre destin.<br />
Nous sommes libres. Nous sommes comptables de notre vie. Notre volonté est le ressort du monde.<br />
Instruit par Jean-François Revel, la seule loi de l&#8217;Histoire que je reconnaisse aujourd&#8217;hui est celle de la surprise, qui renvoie à notre indestructible liberté.<br />
On comprendra, Mesdames et Messieurs de l&#8217;Académie, que je ne me livre pas ici, en prononçant l&#8217;éloge de Jean-François Revel, à un exercice convenu.<br />
Comment d&#8217;ailleurs dresser le portrait &#8220;académique&#8221; d&#8217;un homme, philosophe, éditeur, pamphlétaire, éditorialiste, mémorialiste, écrivain de haute lignée, qui caresse, dévore, boit la vie ?<br />
Qui, jeune lycéen &#8212; &#8220;lecteur précoce&#8221; des livres et des corps &#8211;, rédige ses dissertations, le jeudi après-midi, dans le salon-bar d&#8217;un lupanar de Marseille ?<br />
Qui établit avec l&#8217;Autre, quel que soit son statut social, ce rapport d&#8217;égalité, de liberté qui est la vraie forme du respect d&#8217;autrui.</p>
<p>Et qu&#8217;hommage soit ici rendu à ses épouses, à ses enfants, que la personnalité de Jean-François Revel n&#8217;a jamais empêchés d&#8217;être, eux-mêmes, des personnes libres dans leur vie.<br />
C&#8217;est son fils Matthieu qui, après des études de biologie, devient moine bouddhiste. Il dialogue avec son père, le philosophe athée, et on a le sentiment que Jean-François Revel s&#8217;interroge, au plus profond de lui, sur la signification de la foi, de la transcendance.<br />
C&#8217;est Claude Sarraute qui, fidèle à la volonté de Jean-François Revel de prolonger, par-delà la mort, la rencontre avec les autres, sans préalable, vient de léguer toutes les archives de son époux au Département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France.<br />
Ce don, ces archives, ces matériaux d&#8217;une pensée sont des semences nécessaires.<br />
Car ce que Jean-François Revel transmet, inocule à ceux qui l&#8217;ont approché, lu, c&#8217;est le désir de liberté.<br />
Et sa vie l&#8217;illustre.<br />
Il constate, évoquant les croyances de ses enfants, et l&#8217;on devine son étonnement malicieux qu&#8217;un rire doit conclure, comme s&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;une farce ou d&#8217;une blague : &#8220;Moi, l&#8217;ancien élève des Jésuites, devenu athée, moi, disciple de Voltaire, animé depuis ma dix-huitième année de cet agnosticisme virulent que sait susciter la Compagnie de Jésus, je me retrouvais avec une fille orthodoxe grecque, un fils bouddhiste tibétain et un autre fils juif !&#8221;<br />
Et il ajoute, en vieux &#8220;jésuite voltairien&#8221;, comme il se qualifie : &#8220;L&#8217;indifférence avait depuis quelques années atténué, puis exténué mon anticléricalisme. Le danger, au fond, ce n&#8217;est pas le clergé, mais la religion.&#8221;<br />
Décidément l&#8217;éloge académique et consensuel est impossible à propos de Jean-François Revel.</p>
<p>La vie est là, imprévisible, entre drame, paradoxe et facétie, non seulement dans les joutes intellectuelles, dans les combats politiques, dans le courage du polémiste, dans la rigueur du penseur, le travail solitaire de l&#8217;écrivain et le retour sur soi du mémorialiste, mais aussi &#8212; voilà l&#8217;inattendu ! &#8212; sur le champ de courses de Longchamp !<br />
Car Revel aime parier. Mais il n&#8217;est pas qu&#8217;un simple joueur : &#8220;Je suis de ceux, dit-il, qu&#8217;un trotteur attelé à un sulky et multipliant les battues en changeant de vitesse transporte par le rêve au flanc des vases grecs.&#8221;<br />
On retrouve toujours, à l&#8217;oeuvre chez lui, cette dialectique entre la jouissance, le plaisir, le jeu &#8212; faut-il oser nommer &#8220;la Chair&#8221; ? &#8212; et le savoir, la culture &#8212; faut-il dire &#8220;l&#8217;Esprit&#8221; ?<br />
Jean-François Revel a retrouvé cette unité perdue, un instant réalisée au cours de l&#8217;histoire humaine dans la sagesse de certains philosophes grecs.<br />
Jean-François Revel est leur héritier.<br />
Il est un homme de la Méditerranée, de Marseille, la cité phocéenne, mais aussi de l&#8217;Italie et de l&#8217;Espagne.<br />
&#8220;Ainsi, l&#8217;italianité, dit-il, me colla sans cesse davantage au coeur de l&#8217;intellect, comme l&#8217;hispanité d&#8217;ailleurs, celle-ci sous sa double incarnation, européenne et latino-américaine.&#8221;<br />
On ne s&#8217;étonnera pas, avec de telles affinités, de l&#8217;unio.n entre le festin et la parole &#8212; la chair et l&#8217;esprit &#8212; qu&#8217;est sa vie.<br />
Il magnifie cette osmose dans cette Histoire littéraire de la sensibilité gastronomique de l&#8217;Antiquité à nos jours, qu&#8217;il intitule précisément <i>Un festin en paroles</i>.</p>
<p>&#8220;La sublimation par le langage, dit-il, est un facteur constitutif de la fête.&#8221;<br />
Revel prolonge Brillat-Savarin, selon qui &#8220;l&#8217;homme d&#8217;esprit seul sait manger&#8221;, en affirmant que l&#8217;homme de culture seul sait boire.<br />
&#8220;Le vin, écrit Revel, est associé à l&#8217;amour et au manque d&#8217;amour, il accompagne la joie et la tristesse, le succès et l&#8217;échec, il préside à l&#8217;amitié, il imprègne profondément la culture de l&#8217;esprit, le négoce, la guerre et la paix, le repos du travailleur.<br />
&#8220;Ne plus boire de vin, dans certaines civilisations, c&#8217;est quasiment devoir renoncer à penser, et les implications sociales, sentimentales et morales du vin font qu&#8217;il crée un réseau d&#8217;habitudes débordant largement le besoin d&#8217;alcool proprement dit.&#8221;<br />
Jean-François Revel fut, avec panache, de cette civilisation-là, et il a pu conclure que &#8220;depuis trois mille ans, l&#8217;Europe méditerranéenne est bien moins une aire géographique plantée de vignes qu&#8217;un territoire suspendu à un vignoble&#8221;.<br />
Il y a un &#8220;esprit du vin&#8221;, et chaque jour Revel fut l&#8217;homme d&#8217;un festin en paroles où il le célébra en même temps que l&#8217;amitié.<br />
Nombreux ici furent ses convives et certains parmi vous, Mesdames et Messieurs de l&#8217;Académie, ont fait sa connaissance il y a plus d&#8217;un demi-siècle.<br />
Ainsi, quand on parle de Jean-François Revel, c&#8217;est un portrait avec groupe qu&#8217;il faut peindre. Je ne peux nommer tous ses commensaux. Je choisirai quelques-uns de ceux qui n&#8217;ont jamais siégé sous la Coupole : André Breton et Luis Bunuel, Mario Vargas Llosa et Octavio Paz, Simon Leys et Branko Lazitch, Louis Althusser, Olivier Todd et Claude Imbert, Vladimir Boukovski et Indro Montanelli.<br />
En fait, c&#8217;est tout le siècle intellectuel qu&#8217;il faudrait convoquer, de Raymond Aron à André Fermigier, et je ne veux pas choisir parmi les intellectuels américains les plus prestigieux qui furent ses amis et ses correspondants.</p>
<p>Les amitiés de Revel en font le descendant direct de ces philosophes des Lumières, pour qui n&#8217;existaient que les frontières intellectuelles et morales qui les séparaient des dévots et de leurs cabales, mais qui avaient pour première patrie l&#8217;humanité tout entière.<br />
Comme eux, Jean-François Revel le polyglotte était un cosmopolite. Il avait vécu en Algérie, au Mexique, en Italie, aux États-Unis, et parcouru la plupart des continents.<br />
Il avait donné des dizaines de conférences, publié des centaines d&#8217;articles. Ses livres avaient été des succès mondiaux. Et, chaque jour, il nourrissait sa réflexion en dévorant les quotidiens de plusieurs pays.<br />
Mais cet homme ouvert au monde demeurait enraciné dans sa civilisation, on pourrait presque dire son terroir.<br />
Né Ricard, à Marseille en 1924, il avait choisi pour pseudonyme, en 1957, Revel. C&#8217;était là le nom d&#8217;un restaurant de la rue de Montpensier, en face des domiciles de Jean Cocteau et d&#8217;Emmanuel Berl, dont le chef, aux dires de Jean-François, cuisinait une &#8220;daube irréfutable&#8221;.<br />
Énoncé étonnant !<br />
Il confirmerait, s&#8217;il en était besoin, Mesdames et Messieurs de l&#8217;Académie, que Jean-François Revel, accueilli sous la Coupole par le discours fraternel et magistral de Marc Fumaroli, Revel qui fut heureux d&#8217;être parmi vous membre actif et attentif de votre commission du Dictionnaire, restait capable de toutes les audaces, de toutes les transgressions.<br />
Il était, comme il aimait à le rappeler, &#8220;l&#8217;homme de toutes les marges&#8221;, et, de ce fait, indépendant ; au coeur des affrontements intellectuels et politiques de la Cité, il chargeait ses adversaires avec la furia francese d&#8217;un polémiste incomparable.<br />
Lucide, sincère, il n&#8217;hésite pas à reconnaître &#8212; dans la préface à une réédition de <i>Pour l&#8217;Italie</i>, en 1976 &#8212; que, dans l&#8217;âpreté des joutes, il a cédé à la colère et usé de toutes les armes.</p>
<p>&#8220;Mais peut-être, note-t-il, une certaine vérité n&#8217;est-elle atteinte que lorsque le tireur est assez peu regardant sur le choix des flèches.&#8221;<br />
Et il précise que &#8220;les intuitions justes ont parfois pour véhicules des affirmations insensées&#8221;.<br />
On conteste ce mot de Jean-François Revel. Car ce n&#8217;est pas de déraison qu&#8217;il s&#8217;agit, mais bien de la révolte de la raison d&#8217;un homme qui refuse d&#8217;accepter la règle du mensonge.<br />
&#8220;Quand, dit-il, dans un pays, une civilisation, un individu, un groupe social, une école littéraire ou artistique, un journal, un parti, une religion s&#8217;adonnent à des pratiques intellectuelles ou morales en opposition complète ou partielle avec leurs principes ou avec leur réputation, alors la concession dont je suis incapable, c&#8217;est de m&#8217;abstenir de le constater et c&#8217;est d&#8217;édulcorer les termes dans lesquels s&#8217;exprime mon constat.<br />
Les mots, les phrases, les images, les épigrammes surgissent et s&#8217;organisent alors dans ma tête quasiment malgré moi&#8230;&#8221;<br />
Ce &#8220;malgré moi&#8221; de Revel est l&#8217;aveu de la force irrépressible de la vérité, de la nécessité de la dire, de la crier et d&#8217;agir, parfois au péril de sa vie &#8212; tel aura été son engagement dans la Résistance.<br />
Cela aura supposé aussi la capacité d&#8217;affronter, pour chacun de ses livres, chacun de ses textes, l&#8217;incompréhension et souvent la bassesse et la calomnie.<br />
Mais Revel ne peut se taire. C&#8217;est ce qu&#8217;on appelle le courage, spontané et instinctif.<br />
&#8220;Je suis envahi, écrit Revel, impressionné (au sens d&#8217;une pellicule photographique) par la manifestation de cette évidence, fréquente sinon constante : l&#8217;humanité agit dans la réalité selon une norme qui est le contraire de celle qu&#8217;elle affiche et professe dans ses idéaux.</p>
<p>&#8220;En écrivant, je me borne à rapprocher la réalité effective de la réalité fictive, et leur contact provoque en général une explosion.&#8221;<br />
Cette exigence intellectuelle est d&#8217;abord une morale ; Revel ne transige pas avec le mensonge. Il le traque. Il le montre. Il l&#8217;attaque. Et s&#8217;il parle fort, c&#8217;est parce que, dit-il, &#8220;devant certaines surdités volontaires, il faut travailler à l&#8217;explosif&#8221;.<br />
Je dois confesser, Mesdames et Messieurs de l&#8217;Académie, que j&#8217;ai été malmené, choqué, renversé par certaines de ces déflagrations.<br />
Jean-François Revel avait pris pour cibles de Gaulle, Malraux, Claudel, Péguy, Aragon, d&#8217;autres moins illustres mais qui étaient &#8212; et sont encore &#8212; de mes amis.<br />
Il opérait sans anesthésie, avec l&#8217;assurance, la main ferme de celui qui ne se soucie ni des puissants, ni des modes, ni des conventions ou du conformisme.<br />
Ses interventions contre des hommes que je révérais, qui m&#8217;avaient enthousiasmé, me laissaient pantelant.<br />
Mais, après le choc opératoire, j&#8217;étais contraint de reconnaître qu&#8217;il avait porté le fer là où il fallait, et crevé des abcès que la complaisance, la prudence, l&#8217;aveuglement rassurant, l&#8217;admiration béate dissimulaient.<br />
Revel obligeait à regarder, à mettre en cause ses certitudes, à rompre avec les idées reçues.<br />
Si l&#8217;on voulait contester son diagnostic, il fallait trouver des arguments qui ne pouvaient plus être d&#8217;autorité, mais fondés sur une analyse et des raisonnements aussi pertinents que les siens.</p>
<p>La présence de Jean-François Revel dans le débat obligeait chacun de ses contradicteurs soit à fuir, soit à se murer dans le mensonge ou l&#8217;illusion, soit à calomnier faute de pouvoir répondre.<br />
Dès lors, d&#8217;une confrontation avec Jean-François Revel on sortait, si on avait tenté d&#8217;être aussi rigoureux que lui, défait le plus souvent, mais enrichi par une polémique aussi exigeante.<br />
On était contraint de l&#8217;écouter, de reconnaître la justesse de ses critiques quand il stigmatisait, par exemple, &#8220;la grandiloquence chevrotante et l&#8217;emphase creuse de rhéteurs prétentieux qui ne faisaient qu&#8217;encourager notre penchant national pour le verbiage historico-mondial de deuxième main et pour la vulgarisation ampoulée aux déclamatoires prétentions métaphysiques ; et ces patenôtres pâteuses, jalonnées de rapprochements vertigineux et d&#8217;enjambements racoleurs, flattaient malheureusement le public ivre de mots en lui communiquant l&#8217;illusion d&#8217;accéder aux cimes d&#8217;une critique visionnaire et transcendante, dédaigneuse du détail mesquin et de la sordide exactitude&#8221;.<br />
Ici Élie Faure et André Malraux sont mis en cause.<br />
Mais, avec la même verve pamphlétaire, il condamnera Aragon, ses poses, dira-t-il, de cabot mélodramatique, ses vers de mirliton qui font de lui un fabricant de faux meubles anciens.<br />
Il n&#8217;épargne pas davantage Paul Claudel qui &#8220;braille&#8221;, &#8220;hurle&#8221; : &#8220;Sa grandiloquence me semble une esthétique creuse, c&#8217;est l&#8217;antipoésie par excellence.&#8221;<br />
Et lorsque Revel compose Une anthologie de la poésie française, il en exclut Aragon aussi bien que Claudel et Péguy.<br />
Qu&#8217;on ne prétende pas, comme certains, que Revel n&#8217;a pas la tête épique. Il cite plusieurs poèmes de Hugo où gronde et crie l&#8217;histoire : &#8220;On n&#8217;avait pas de pain et on allait pieds nus&#8221; et &#8220;Ces femmes qu&#8217;on envoie aux lointaines Bastilles : Peuple, ce sont tes soeurs, tes mères et tes filles&#8230;&#8221;<br />
Ce n&#8217;est pas la grandeur que récuse et rejette Revel, c&#8217;est sa caricature.</p>
<p>Il aime le marbre, pas le stuc.<br />
Par ses explosions de colère, il veut briser le silence respectueux, le conformisme et l&#8217;unanimité qui suspendent tout jugement.<br />
Il choque, il me heurte parfois, mais c&#8217;est d&#8217;abord pour contraindre chacun à prendre position, à sortir du choeur des bien-pensants, des satisfaits.<br />
Il invite à s&#8217;interroger en esprit libre, quitte ensuite, examen effectué, à se laisser à nouveau emporter par les envolées de Malraux et les vers de Péguy, de Claudel et d&#8217;Aragon et à continuer d&#8217;admirer de Gaulle, l&#8217;écrivain et le politique.<br />
Ce que je fais.<br />
Mais, dans ses diatribes, Jean-François Revel n&#8217;exprime pas seulement le besoin de crier ce qu&#8217;il ressent, de manière d&#8217;autant plus déterminée qu&#8217;il choisit de heurter pour se faire entendre, parce qu&#8217;il est seul contre l&#8217;opinion commune. Il renoue en fait avec une tradition française, celle de la vigueur voltairienne, indignée, accusatrice, n&#8217;épargnant pas les moeurs nationales.<br />
J&#8217;ai relu <i>Le Discours aux Welches</i>, puisque c&#8217;est par ce sobriquet que Voltaire désigne ces Français, ces Gaulois narcissiques et prétentieux. Et il m&#8217;a semblé entendre Jean-François Revel se moquant de notre vanité.<br />
&#8220;Depuis le temps que la culture française rayonne, je me demande comment l&#8217;humanité entière n&#8217;est pas morte d&#8217;insolation&#8221;, s&#8217;étonne-t-il.</p>
<p>Et Voltaire s&#8217;interroge : &#8220;Ô premier peuple du monde, quand serez-vous raisonnable ?&#8221; Et il dresse la liste de nos défauts, de nos réticences à adopter ce que d&#8217;autres nations ont accepté avec profit.<br />
Voltaire fut accusé d&#8217;avoir écrit &#8220;une odieuse satire contre la nation&#8221;. Et de même certains ont mis en cause Revel, l&#8217;iconoclaste, qui a osé critiquer le style du Général et celui de Malraux.<br />
En fait, dans la lignée voltairienne, Revel ne critique les Welches que par amour de cette France pour laquelle il a combattu.<br />
Pour contraindre la nation à voir ses faiblesses, à en finir avec les complaisances, la fatuité, les iniquités, voire, en 1760 comme en 1960, avec l&#8217;usage de la torture.<br />
Et c&#8217;est pourquoi Revel signe, pendant la guerre d&#8217;Algérie, <i>Le Manifeste des 121</i> pour le droit à l&#8217;insoumission.<br />
En patriote intransigeant, il veut la France lucide et irréprochable aussi bien dans l&#8217;ordre politique et judiciaire que dans l&#8217;ordre intellectuel.<br />
Il est d&#8217;autant plus impitoyable que son information, son érudition cosmopolites lui donnent ce qu&#8217;il appelle un &#8220;regard multilatéral&#8221; sur le monde et la France.</p>
<p>Et qu&#8217;il se refuse à l&#8217;autocensure, qu&#8217;il combat toutes les limitations à la liberté d&#8217;expression.<br />
Ce qui implique aussi une défense de la langue, une manière d&#8217;écrire limpide.<br />
Pour lui, la clarté, la rigueur, le refus des envolées prétendument poétiques, des obscurités ou des préciosités, prétentieusement qualifiées de &#8220;beau style&#8221;, sont les conditions d&#8217;une pensée capable de comprendre et de faire comprendre.<br />
Ce que Jean-François démasque chez les faux grands poètes, les historiens de l&#8217;art qui cachent leur ignorance sous les déclamations, les politiciens emphatiques, c&#8217;est le trucage, le mensonge dont la forme achevée est l&#8217;idéologie, cette imposture érigée en système.<br />
Voilà son adversaire principal !<br />
&#8220;Qu&#8217;est-ce que l&#8217;idéologie ?&#8221; s&#8217;interroge-t-il ici même, lors de sa réception, Mesdames et Messieurs, dans votre Académie.<br />
&#8220;C&#8217;est une construction a priori, élaborée en amont et au mépris des faits et des droits, c&#8217;est le contraire à la fois de la science et de la philosophie, de la religion et de la morale.<br />
&#8220;L&#8217;idéologie n&#8217;est pas la science pour laquelle elle a voulu se faire passer ; ni la morale dont elle a cru détenir les clés et pouvoir s&#8217;arroger le monopole tout en s&#8217;acharnant à en détruire la source et la condition : le libre-arbitre individuel ; l&#8217;idéologie n&#8217;est pas la religion à laquelle on l&#8217;a souvent comparée.&#8221;<br />
Et lui qui ne cède jamais à l&#8217;apitoiement ajoute : &#8220;Nous autres, pauvres hommes du xxe siècle, avons subi l&#8217;âge de fer des idéologies.&#8221;</p>
<p>Il s&#8217;est dressé contre elles dès les années quarante.<br />
Il a seize ans quand la nation est brisée par l&#8217;&#8221;étrange défaite&#8221; qui livre le pays aux nazis.<br />
Il vit à Marseille, alors située en &#8220;zone libre&#8221;.<br />
Cet élève des Jésuites, dont le père accepte et soutient le régime de Vichy, choisit la Résistance.<br />
D&#8217;abord à Lyon où il prépare le concours d&#8217;entrée à l&#8217;École normale supérieure, puis à Paris après y avoir été reçu.<br />
Sa Résistance n&#8217;est pas un &#8220;drôle de jeu&#8221;.<br />
Il risque chaque jour sa vie.<br />
Années cruciales où se conjuguent en lui &#8220;la tension due à la charge de travail des examens et concours, avec l&#8217;anxiété secrétée en permanence par la tragédie sanglante, par la hantise d&#8217;une mort pure et simple de notre civilisation&#8221;.<br />
La défendre, voilà le sens de son engagement.</p>
<p>Il a choisi la vérité contre le mensonge. Il se bat pour &#8220;une certaine idée de la France&#8221;.<br />
Ce sont ces années qui vont orienter toute sa vie.<br />
Non qu&#8217;il utilise sa Résistance comme un &#8220;marchepied&#8221; pour accéder à une carrière politique, journalistique ou administrative.<br />
Son héroïsme ne lui aura servi qu&#8217;à obtenir la libération de son père, emprisonné à Marseille pour avoir affiché ses sympathies et son engagement collaborationnistes.<br />
Cette période est donc celle des premières ruptures.<br />
Avec le père, avec l&#8217;ordre imposé, avec le conformisme.<br />
Le choix de la Résistance au péril de sa vie est découverte de soi, de ce dont on est capable.<br />
C&#8217;est la cristallisation définitive de ce que l&#8217;enfance et l&#8217;adolescence ont apporté de meilleur. L&#8217;habitude de se forger seul son jugement par le recours aux textes et non aux commentaires.<br />
Il s&#8217;approvisionne, dit-il, &#8220;à d&#8217;autres sources intellectuelles que celles où les Jésuites amenaient leurs brebis se désaltérer&#8221;.</p>
<p>Il lit les <i>Essais</i> de Montaigne.<br />
Il confie qu&#8217;il acquiert la conviction, &#8220;aux alentours de la douzième année, qu&#8217;on ne parvient à la culture que par des voies obliques&#8221;.<br />
C&#8217;est ainsi qu&#8217;on se trempe le caractère, qu&#8217;on s&#8217;éprouve, qu&#8217;on prend confiance en soi.<br />
On a été reçu en 1943, dès la première tentative, à l&#8217;École normale supérieure. On a mis sa vie en jeu pour sauver une forme de civilisation contre les erreurs et les aveuglements du père.<br />
On a survécu et on a vaincu.<br />
On se sent indestructible.<br />
Mieux : on ne cherche pas hors de soi des modèles, des certitudes. On les puise dans son être.</p>
<p>Et d&#8217;avoir traversé la tragédie, d&#8217;avoir été plongé à chaque instant, chaque jour, dans l&#8217;inattendu, d&#8217;avoir été confronté à l&#8217;évènement fait naître le besoin d&#8217;échapper aux répétitions, aux hiérarchies, au prévisible.<br />
Dans ces conditions, on ne peut être d&#8217;abord un raisonneur.<br />
&#8220;Je crois être un intuitif, dit Revel, je vois avant d&#8217;induire et de déduire.&#8221;<br />
On croit à la liberté.<br />
&#8220;Chaque homme, affirme Revel, dispose en lui de plusieurs jeux de cartes. Il conduit simultanément plusieurs parties, les unes privées, voire dérisoires, les autres capitales pour son destin ou celui d&#8217;une cause, voire pour la fameuse Histoire ; d&#8217;autres, enfin, jouées par amour d&#8217;un art, d&#8217;un être ou d&#8217;une simple distraction.&#8221;<br />
Écrivant ces lignes, Revel évoque sa vie durant l&#8217;hiver 1943-44.<br />
Elle est une &#8220;succession de rendez-vous, jour après jour, tantôt dans des cafés qui changeaient naturellement tout le temps, tantôt dans des appartements glacés que nous prêtaient des sympathisants&#8221;.<br />
À chaque carrefour, chaque fois qu&#8217;on pousse une porte, on peut rencontrer la mort.<br />
Mais la vie rebondit. Une manière d&#8217;exister prend naissance.</p>
<p>&#8220;Je n&#8217;ai jamais pu me contraindre à ce que ma vie se réduisît à une seule vie, confie Revel.<br />
&#8220;Je n&#8217;ai pas cessé d&#8217;être en plusieurs lieux matériels et moraux à la fois.<br />
&#8220;Je l&#8217;ai fait non par calcul ou par duplicité, mais par inclination spontanée à fuir la monotonie.&#8221;<br />
Mais il s&#8217;agit de bien plus qu&#8217;un simple goût pour ce que Jean-François Revel appelle &#8220;la caracole&#8221;.<br />
Et c&#8217;est encore une fois devant vous, Mesdames et Messieurs de l&#8217;Académie, que, faisant l&#8217;éloge de son prédécesseur, Étienne Wolff, Revel a dressé son autoportrait.<br />
Quel biographe n&#8217;est pas l&#8217;auteur plus ou moins conscient d&#8217;une autobiographie, sa vie rêvée ?<br />
Revel va ainsi révéler l&#8217;essentiel de ce qui s&#8217;est dessiné dans les premières années de la vie.<br />
C&#8217;est à ce moment-là qu&#8217;il devient celui qui refuse d&#8217;être un simple rouage de la machinerie humaine, mais qui veut au contraire affirmer sa liberté, son originalité :<br />
Il écrit : &#8220;On n&#8217;est jamais original que parce qu&#8217;on ne peut pas s&#8217;empêcher de l&#8217;être. L&#8217;originalité suppose l&#8217;incapacité de penser, dire ou faire autre chose que ce qui semble juste et vrai, parce que l&#8217;on est incurablement réfractaire aux mimétismes, infléchissements et métamorphoses que suggérait une adaptation sans conviction aux circonstances ou aux interlocuteurs. L&#8217;originalité repose sur une forme d&#8217;ingénuité, même chez une vaste intelligence.&#8221;</p>
<p>Comment un tel jeune homme de vingt et un ans pourrait-il, en 1945, quand, dit-il, &#8220;le couvercle de souffrance et d&#8217;angoisse s&#8217;envole&#8221;, choisir la voie tranquille d&#8217;une carrière &#8220;normale&#8221;, universitaire, à laquelle sa réussite au concours de l&#8217;École normale le destinait ?<br />
Comment, alors qu&#8217;il vient de vivre dans la tension épuisante et stimulante de ces années de guerre, &#8220;immoler&#8221; sa vie dans la préparation de l&#8217;agrégation, puis dans l&#8217;écriture contrainte d&#8217;une thèse ?<br />
&#8220;Réfractaire à ce calvaire d&#8217;ennui, dit-il, et trop affamé de la vraie vie, je commençai à dévier dès le début de 1945&#8230; J&#8217;explosai, tel le poisson des grandes profondeurs amené à la surface de la mer.&#8221;<br />
&#8220;Ces années d&#8217;escapade&#8221;, entre 1945 et 1950, durant lesquelles Revel &#8220;détruit et piétine&#8221;, selon ses propres termes, sa carrière universitaire (il ne passera l&#8217;agrégation qu&#8217;en 1956, à 32 ans), sont des années d&#8217;une importance tout aussi capitale que celles de la Résistance.<br />
Il s&#8217;élance avec la même fougue dans cette nouvelle vie, mariage, paternité, fruits de la sincérité et de l&#8217;amour, bohème, incertitudes, voyages et exploration du monde, Algérie, Égypte, Mexique, bientôt Florence et l&#8217;Italie. Et surtout, découverte des abîmes qui peuvent s&#8217;ouvrir en soi lorsqu&#8217;il succombe à la fascination d&#8217;un gourou, Gurdjieff.<br />
Mais de ses voyages, de ses errances, que de profits !<br />
Revel s&#8217;immerge dans la civilisation mexicaine. Il écrit ses premiers textes d&#8217;analyse politique et sociale en révélant la duplicité du Parti révolutionnaire institutionnel qui gouverne à Mexico.<br />
Après l&#8217;oppression de l&#8217;idéologie nazie, voici le mensonge, la corruption qui gangrènent la démocratie, devenue simple paravent d&#8217;une autre forme de domination.<br />
Il ne l&#8217;oubliera pas. Il redoutera pour la France une évolution &#8220;à la mexicaine&#8221;.</p>
<p>La période Gurdjieff lui a fait mesurer sur son &#8220;propre cas, dit-il, l&#8217;aptitude des hommes à se persuader de la vérité de n&#8217;importe quelle théorie, de bâtir dans leur tête un attirail justificatif de n&#8217;importe quel système, fût-ce le plus extravagant, sans que l&#8217;intelligence et la culture puissent entraver cette intoxication idéologique&#8221;.<br />
Le voici armé pour combattre &#8220;l&#8217;envoûtement totalitaire qui peut plonger dans la nuit temporaire ou définitive des esprits supérieurs aussi bien que des abrutis, et des consciences honnêtes autant que des scélérats&#8221;.<br />
Revel, qui a rejeté le nazisme, refusé la servitude volontaire, ne succombera pas à la fascination du communisme.<br />
Il est immunisé contre <i>La Tentation totalitaire</i>. L&#8217;essai qu&#8217;il publiera sous ce titre en 1976 et qui fera de lui, avec Raymond Aron, l&#8217;un des quelques intellectuels échappant au marxisme, prend sa source dans ses expériences personnelles des années quarante-cinquante.<br />
Sa vie est un exemplaire roman de formation.<br />
Il a vécu au Mexique. Il vit à Florence. Il y devient expert en histoire de l&#8217;art et, plus tard, il fera connaître les travaux décisifs des historiens étrangers de la peinture ignorés du public français.<br />
Il écrit. Un roman, en 1957 : <i>Histoire de Flore</i>, son premier livre, mais surtout quatre ouvrages qui, entre 1957 et 1962, marquent d&#8217;abord sa rupture avec la philosophie telle qu&#8217;elle règne en Sorbonne et à Saint-Germain-des-Prés.</p>
<p>Dans <i>Pourquoi des philosophes</i> (1957) et <i>La Cabale des dévots</i> (1962), il condamne une philosophie soucieuse seulement de ses propres systèmes, coupée de la science et ayant abandonné son territoire propre, la morale et l&#8217;art de vivre.<br />
Elle ne produit plus que de l&#8217;idéologie : &#8220;la funeste invention de la face noire de notre esprit qui a tant coûté à l&#8217;espèce humaine&#8221;.<br />
Avec de tels livres qui obtiennent une vaste audience, on se coupe du milieu philosophique officiel.<br />
Et comme, avec <i>Pour l&#8217;Italie</i> (1958) et son essai <i>Sur Proust</i> (1960), il bouscule à nouveau les idées reçues, il devient la cible de tous les conformistes. Et de ceux, innombrables, qui ne supportent pas le succès d&#8217;autrui.</p>
<p>Il ne lui reste plus qu&#8217;à ridiculiser <i>Le Style du Général</i> (1959) pour apparaître comme un pamphlétaire par qui le scandale arrive.<br />
On lui concède le talent du provocateur, mais on le récuse comme philosophe ou même comme intellectuel digne d&#8217;être lu et discuté avec sérieux.<br />
Revel est bien l&#8217;homme de toutes les marges, ayant réussi à imposer sa personnalité, le style et la pensée Revel, mais il est sans illusion sur ce que signifie la célébrité : &#8220;Cette indication quantitative et non qualitative, c&#8217;est une grandeur, ce n&#8217;est pas une valeur&#8230; c&#8217;est un désir de dupe.&#8221;<br />
Au vrai, il est différent parce qu&#8217;il a échappé, en vivant à l&#8217;étranger, à son milieu culturel d&#8217;origine.<br />
&#8220;Mon regimbement éclectique m&#8217;a épargné l&#8217;orthodoxie, analyse-t-il. Je ne devins pas le jeune professeur de philosophie modèle, doublé de l&#8217;intellectuel parisien typique des années cinquante, flatté de voir paraître une chronique de sa plume dans Les Temps modernes et juché avec une béate componction sur les trois colonnes de la vulgate du moment : l&#8217;existentialisme, la psychanalyse, le marxisme.&#8221;<br />
Il n&#8217;a pas participé à la &#8220;bigoterie parisienne&#8221;.<br />
&#8220;Je tâchai toujours, dit-il, d&#8217;écrire mes livres pour moi seul, collé à une source située en moi seul, dans l&#8217;état bienheureux d&#8217;une apesanteur sociale.&#8221;</p>
<p>S&#8217;il fallait, Mesdames et Messieurs de l&#8217;Académie, une définition de l&#8217;écrivain, il me semble que Jean-François Revel vient de nous la donner.<br />
Mais avec le temps, ajoute-t-il, &#8220;cette innocence me devint de moins en moins accessible&#8221;.<br />
Il est, autour des années 1965, un quadragénaire au physique de lutteur, au visage carré, à la nuque épaisse, au regard perçant, et l&#8217;un des acteurs majeurs du débat intellectuel et politique.<br />
Chroniqueur, éditorialiste, essayiste, éditeur, pamphlétaire, il critique le présidentialisme à la française, regrette la fin de l&#8217;opposition au gaullisme.<br />
Il occupe même le poste de ministre de la Culture dans le contre-gouvernement constitué par François Mitterrand qui, au second tour de l&#8217;élection présidentielle de 1965, a été le candidat de tous les adversaires du général de Gaulle.<br />
Jean-François Revel se tient donc, durant quelques années, à la frontière de l&#8217;enfer. On le suspecte d&#8217;hérésie, mais il continue d&#8217;habiter sur la rive gauche.<br />
On ne l&#8217;a pas encore damné. Il n&#8217;a pas été contraint d&#8217;abandonner toute espérance.<br />
&#8220;Lorsque je parcours mes écrits d&#8217;avant 68, dira-t-il, je m&#8217;aperçois qu&#8217;ils sont parsemés de panneaux de signalisation qui, à côté de positions solidement étayées et auxquelles je souscris aujourd&#8217;hui encore, ont pour seul office de crier au passant : Coucou, je suis de gauche ! Je suis de gauche !&#8221;<br />
Mais, dès 1970, il change de rive.</p>
<p>La publication et le succès de <i>Ni Marx ni Jésus</i> marquent sa rupture avec l&#8217;antiaméricanisme.<br />
Les États-Unis sont à ses yeux le pôle démocratique et l&#8217;acteur majeur de la transformation mondiale.<br />
Il s&#8217;écarte ainsi de l&#8217;idéologie de la gauche et donc de la bien-pensance intellectuelle.<br />
Sans regret, puisque Revel constate que ces donneurs de leçons n&#8217;ont &#8220;rien compris à l&#8217;enjeu du siècle, à savoir la lutte à mort entre les totalitarismes et la démocratie&#8221;.<br />
Le voici, aux côtés de Raymond Aron, d&#8217;Orwell, de David Rousset, de Koestler, de Simon Leys, de Boris Souvarine, à nouveau en résistance.<br />
Ses livres, ses éditoriaux sont les armes de ce combat.<br />
Ils mettent en garde contre <i>La Tentation totalitaire</i>, rappellent <i>Comment les démocraties finissent</i> (1983), condamnent le programme commun aux socialistes et aux communistes.</p>
<p>En 1981, Revel écrit <i>La Grâce de l&#8217;État</i>, premier essai, après l&#8217;élection de François Mitterrand à la présidence de la République, à critiquer les orientations du gouvernement.<br />
Celles que j&#8217;ai défendues.<br />
Et j&#8217;ai été d&#8217;autant plus sensible au questionnement majeur de Revel quand il s&#8217;interroge sur l&#8217;attitude des intellectuels et des artistes face au totalitarisme.<br />
&#8220;Si le fascisme et le communisme, écrit-il, n&#8217;avaient séduit que des imbéciles et des canailles, il eut été plus simple de s&#8217;en débarrasser.&#8221;<br />
La connaissance n&#8217;est-elle pas inutile, se demande-t-il dans un essai de 1988, puisque la réalité du totalitarisme soviétique est connue depuis les années trente, qu&#8217;on a décrit la Grande Terreur, et que, cependant, le communisme continue d&#8217;attirer, de fasciner ceux dont la fonction est de connaître, d&#8217;analyser, de dire ?<br />
Or le Grand Mensonge, malgré Soljenitsyne et les dissidents, est toujours efficace et menaçant.<br />
&#8220;Les pacifistes sont à l&#8217;Ouest et les missiles à l&#8217;Est.&#8221; Cette phrase qui fait mouche a-t-elle été glissée par Revel à François Mitterrand ? Certains l&#8217;affirment.<br />
Jean-François Revel occupe ainsi, alors qu&#8217;il est directeur de <i>L&#8217;Express</i> de 1977 à 1981, puis éditorialiste au <i>Point</i>, un poste de combat en première ligne, constamment exposé.</p>
<p>Il ose se proclamer anticommuniste alors qu&#8217;il s&#8217;agit là de l&#8217;un de ces &#8220;gros mots&#8221; que la pudeur, la prudence, les complaisances et la complicité interdisent de prononcer.<br />
Revel va plus loin encore. Il dénonce avec éclat &#8220;l&#8217;identité d&#8217;essence des trois totalitarismes du xxe siècle : fascisme, nazisme, communisme&#8221;, auxquels il ajoutera bientôt le maoïsme, ce nouvel opium des intellectuels.<br />
Ni Raymond Aron, ni François Furet, ni Simon Leys, engagés dans la même bataille, n&#8217;ont été attaqués avec autant de violence qu&#8217;il le fut.<br />
&#8220;Et d&#8217;abord vous, Revel, vous êtes une canaille&#8221;, lui lancera un secrétaire général du Parti communiste, ne suscitant qu&#8217;une réprobation timide des journalistes présents.<br />
C&#8217;est que Revel brise les tabous, aucune prudence ne retient sa plume. Il est de ces hommes qui s&#8217;engagent. Il l&#8217;a montré sous l&#8217;Occupation, puis il a combattu le colonialisme, a critiqué le gaullisme triomphant.<br />
Comment pourrait-il épargner le communisme, le maoïsme, ces utopies meurtrières ?<br />
Il intervient toujours en intellectuel qui accumule les données de fait, mais aussi en polémiste impitoyable qui refuse toutes les connivences, et en politique déterminé qui ose dire que le secrétaire général du parti communiste français a travaillé en Allemagne nazie ou que son parti est financé par l&#8217;Unio.n soviétique.<br />
Cela est contraire aux usages ! Pourtant il le fait. Il choque la gauche, qui n&#8217;a pas rompu avec le communisme pour des raisons idéologiques et électorales. Il est le mal-pensant. Il trouble le jeu.<br />
Il conçoit même, en 1979, le &#8220;devoir d&#8217;ingérence&#8221; des démocraties dans les régimes dictatoriaux qui, en Afrique, se proclament socialistes.</p>
<p>Au terme d&#8217;une analyse rigoureuse, il rappelle les grandes famines provoquées par les régimes marxistes africains et, avant eux, par Staline et Mao, et il ose écrire que le &#8220;grand affameur du xxe siècle, c&#8217;est le socialisme&#8221;.<br />
De tels propos le mettent au ban de la communauté intellectuelle qui régit les bonnes moeurs et préfère divaguer sur les bonheurs de la Révolution culturelle chinoise !<br />
Jean-François Revel a donc franchi les portes de l&#8217;enfer.<br />
Les dévots feront silence sur cet écrivain qu&#8217;on ne peut prendre en défaut d&#8217;information, qui dénonce, preuves à l&#8217;appui, les mensonges, et qui publie en même temps une <i>Histoire de la philosophie occidentale, de Thalès à Kant</i> (1994), son <i>Histoire littéraire de la sensibilité gastronomique de l&#8217;Antiquité à nos jours</i> (1979), puis qui, échappant à l&#8217;actualité politique, dialogue en philosophe avec son fils, moine bouddhiste.<br />
Mais qui est-il donc, ce Jean-François Revel ?<br />
Un écrivain égal aux plus grands.</p>
<p>Un écrivain français nourri par la sève rabelaisienne et voltairienne. Un lecteur de Saint-Simon et de Montesquieu, de Chateaubriand et de Tocqueville, de Taine, de Montaigne et de Proust.<br />
Un humaniste engagé dans les combats contre les totalitarismes, qui a toujours défendu la liberté d&#8217;expression et affirmé que &#8220;le seul barrage au fanatisme meurtrier est de vivre dans une société pluraliste où le contrepoids institutionnel d&#8217;autres doctrines et d&#8217;autres pouvoirs nous empêche toujours d&#8217;aller jusqu&#8217;au bout des nôtres&#8221;.<br />
Car, au centre de la pensée de Revel, il y a l&#8217;idée qu&#8217;il faut défendre l&#8217;homme de son pire ennemi : l&#8217;homme.<br />
Ce qui signifie : reconnaître que l&#8217;homme peut errer, mentir, se mentir et préférer le mensonge et l&#8217;illusion à la vérité, la cruauté à la bonté.<br />
Mais faire cet implacable constat ne conduit pas Revel au fatalisme.<br />
Il fait le pari que l&#8217;homme est libre et que, dès lors, chacun de nous peut choisir entre la face noire et la face claire de son esprit.<br />
Et cela engage notre responsabilité.<br />
Lucidité, liberté, responsabilité, courage, refus du cynisme et de la passivité, bonté, tels sont les piliers de la pensée et du comportement de Revel.<br />
Jamais il ne se dérobe à leurs exigences.</p>
<p>Écoutez, Mesdames et Messieurs de l&#8217;Académie, ce que Jean-François Revel nous confie, et je ne connais rien de plus émouvant, de plus révélateur de sa sensibilité, de ses vertus :<br />
&#8220;Il n&#8217;est guère de jour où, à table, dans mon lit, dans la rue, sur la grève, je ne pousse un rauque gémissement de repentir et de honte. C&#8217;est que revient me mordre le souvenir d&#8217;une bêtise fatale, d&#8217;une réaction vulgaire, d&#8217;un mensonge dégradant, d&#8217;une fanfaronnade ridicule dont je me suis rendu coupable, jadis, naguère ou avant-hier.&#8221;<br />
Ne reconnaissez-vous pas, dans ces lignes extraites du Voleur dans la maison vide, ses mémoires publiés en 1997, année où vous l&#8217;avez appelé dans votre Compagnie, l&#8217;écho des Confessions, celles de Rousseau, celles de saint Augustin que Jean-François Revel appelait son &#8220;épiscopal prédécesseur&#8221; ?<br />
Car c&#8217;est à cette hauteur qu&#8217;il faut situer son ambition lorsqu&#8217;il écrit ses <i>Mémoires</i>, son livre majeur, celui dont tous les autres ne sont que des ingrédients nécessaires, moments d&#8217;une vie, de combats indispensables et valeureux, témoignages pour l&#8217;Histoire, mais qui, en définitive, n&#8217;existent que pour ce festin en paroles qu&#8217;est <i>Le Voleur dans la maison vide</i>.<br />
Ce titre a surgi au Népal lors de l&#8217;élaboration, avec son fils Matthieu Ricard, de ce dialogue entre <i>Le Moine et le Philosophe</i>. C&#8217;est un intitulé allégorique qui illustre un thème majeur de la doctrine bouddhiste. C&#8217;est un titre d&#8217;une lucidité poignante qui ne dépeint pas seulement le sentiment de &#8220;contingence personnelle&#8221; que Jean-François Revel éprouve au souvenir de ses faits, gestes et pensées, après avoir occupé ce &#8220;logement sous-loué qu&#8217;on appelle une vie&#8221;.<br />
Il désigne aussi, explique Revel, &#8220;le XXe siècle tout entier où l&#8217;humanité est entrée et qu&#8217;elle a traversé en l&#8217;imaginant rempli de nouvelles richesses matérielles, spirituelles et morales, et dont elle va ressortir sans rien emporter de ce qu&#8217;elle espérait y trouver, mais même dépouillée d&#8217;une part de ce qu&#8217;elle possédait avant de l&#8217;aborder&#8221;.</p>
<p>Soit.<br />
C&#8217;est là l&#8217;exacte vérité des choses, telle qu&#8217;un historien peut et doit la constater. Le xxe siècle européen est celui de la Shoah.<br />
Et cependant, alors même qu&#8217;il pense et énonce cela, Revel se laisse emporter par le flux de la narration.<br />
Il entre dans la Maison vide et la repeuple.<br />
&#8220;Tout récit n&#8217;est pas fiction, dit-il, mais tout récit naît de la recomposition imaginaire.&#8221;<br />
Lui qui s&#8217;est opposé à son père, qui ne s&#8217;est jamais réconcilié avec lui et qui, pourtant, au moment de son décès, pleure dans le fond d&#8217;un taxi et se noie dans &#8220;un égarement de chagrin&#8221;, se souvient de ses leçons.<br />
Joseph Marie Théophile Ricard, industriel et lettré, lui parlait littérature au temps de l&#8217;enfance ensoleillée, &#8220;dans la grande villa patricienne de deux étages et de 23 pièces, dans cette demeure provençale à la face trapue, d&#8217;une douce modulation d&#8217;orangé, d&#8217;ocre et de safran, rutilance solaire voilée de cyprès et de magnolias, de platanes et de pins&#8221;.<br />
&#8220;Est écrivain, avait exposé le père à son jeune fils, celui dont on peut affirmer que s&#8217;il n&#8217;avait pas existé, ce qu&#8217;il a dit n&#8217;aurait pas existé, ni sa façon de le dire. Et même on n&#8217;aurait jamais su que cela pût exister.&#8221;<br />
En composant <i>Le Voleur dans la maison vide</i>, Jean-François Revel renoue avec le père dont il exauce les voeux.</p>
<p>Il a en effet, comme les plus grands, &#8220;fait exister ce qui sans lui n&#8217;aurait pas existé.&#8221;<br />
Alors, laissons Jean-François écrire, et, l&#8217;émotion au bord des yeux, lisons les dernières pages du <i>Voleur dans la maison vide</i> : &#8220;Le présent livre ne comporte pas de conclusion puisque, par définition, c&#8217;est la fin de ma vie qui sera cette conclusion.&#8221;<br />
Partageons avec lui une certitude : chacun atteint tôt ou tard le moment de la vie où il se rend compte soudain que &#8220;demain est arrivé&#8221;, que plus rien de cardinal ne modifiera désormais l&#8217;histoire générale de sa destinée.<br />
Et alors, lorsqu&#8217;il se retourne, il ne voit, c&#8217;est Jean-François Revel qui l&#8217;écrit, &#8220;qu&#8217;un peu d&#8217;eau sur la terre sèche : elle stagne un instant, puis disparaît&#8221;.<br />
Mais il l&#8217;écrit, seul à pouvoir le faire ainsi, et dès lors il devient immortel.<br />
C&#8217;était l&#8217;utopie créatrice de son père. C&#8217;est celle de Jean-François Revel.<br />
Mesdames et Messieurs de l&#8217;Académie, je vous remercie de m&#8217;avoir permis de le relire, de lui rendre hommage sous cette Coupole où, après lui, vous m&#8217;avez si généreusement accueilli.</p>
<p>Max Gallo</p>
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		<title>Répliques - L’Amérique, le monde et nous</title>
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		<pubDate>Sun, 20 Jan 2008 18:49:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Administrator</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Audio/vidéo]]></category>

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		<description><![CDATA[Émission Répliques, sur France Culture, du 5 octobre 2002, à propos des Etats-Unis.
Présentée par Alain Finkielkraut, en compagnie de Pierre Hassner et, donc, de Jean-François Revel.
Visiter la page d&#8217;archive de l&#8217;émission sur France Cuture.

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]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Émission <em>Répliques</em>, sur France Culture, du 5 octobre 2002, à propos des Etats-Unis.</p>
<p>Présentée par Alain Finkielkraut, en compagnie de Pierre Hassner et, donc, de Jean-François Revel.</p>
<p><a href="http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/repliques/fiche.php?diffusion_id=8832">Visiter la page d&#8217;archive de l&#8217;émission sur France Cuture</a>.</p>
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		<title>L&#8217;esprit public - L&#8217;obsession anti-américaine</title>
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		<pubDate>Sun, 20 Jan 2008 17:58:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Administrator</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Audio/vidéo]]></category>

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		<description><![CDATA[Le 15 septembre 2002, Revel participait à l&#8217;émission L&#8217;esprit public sur France Culture pour parler de l&#8217;anti-américanisme, suite à son dernier essai, L&#8217;obsession anti-américaine.
Le présentateur est Philippe Meyer. Les autres intervenants sont Max Gallo, Jean-Claude Casanova, et Marc Lazar.
Il n&#8217;y a pas toute l&#8217;émission, seulement 26 minutes, et ça coupe brusquement à la fin. La [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le 15 septembre 2002, Revel participait à l&#8217;émission <em>L&#8217;esprit public</em> sur France Culture pour parler de l&#8217;anti-américanisme, suite à son dernier essai, <a href="http://chezrevel.net/lobsession-anti-americaine/">L&#8217;obsession anti-américaine</a>.</p>
<p>Le présentateur est Philippe Meyer. Les autres intervenants sont Max Gallo, Jean-Claude Casanova, et Marc Lazar.</p>
<p>Il n&#8217;y a pas toute l&#8217;émission, seulement 26 minutes, et ça coupe brusquement à la fin. La qualité sonore n&#8217;est pas excellente.</p>
<p><a href="http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/esprit_public/fiche.php?diffusion_id=8789">Visiter la page d&#8217;archive de l&#8217;émission sur France Cuture</a>.</p>
<p><embed src="http://chezrevel.net/audio/mp3player.swf" width="320" height="20" allowfullscreen="true" flashvars="&#038;file=http://rives-droites.net/jfrevel/lesprit_public-lobsession_anti-americaine.mp3&#038;height=20&#038;width=320&#038;location=http://chezrevel.net/audio/mp3player.swf&#038;autostart=false" /></p>
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		<title>Trente éditoriaux radiophoniques de Revel</title>
		<link>http://chezrevel.net/30-editoriaux-radiophoniques/</link>
		<comments>http://chezrevel.net/30-editoriaux-radiophoniques/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 13 Jan 2008 12:10:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Administrator</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Audio/vidéo]]></category>

		<category><![CDATA[Documents importants]]></category>

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		<description><![CDATA[Au début des années 90, Revel tenait une chronique radiophonique hebdomadaire sur Europe 1. L&#8217;émission avait lieu toutes les fins de semaines, et sa durée ne dépassait pas cinq minutes.
Les sujets traités y étaient très divers, et collaient, bien sûr, à l&#8217;actualité de l&#8217;époque.
Voici donc trente de ces éditoriaux réunis ici.
Les thèmes vont de la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Au début des années 90, Revel tenait une chronique radiophonique hebdomadaire sur Europe 1. L&#8217;émission avait lieu toutes les fins de semaines, et sa durée ne dépassait pas cinq minutes.<br />
Les sujets traités y étaient très divers, et collaient, bien sûr, à l&#8217;actualité de l&#8217;époque.<br />
Voici donc trente de ces éditoriaux réunis ici.<br />
Les thèmes vont de la chute de la société communiste, très souvent abordée, à Saddam Hussein et la guerre du Golfe. La société française est loin d&#8217;être en reste, abordée par le biais d&#8217;évènements particuliers (Furiani, sang contaminé) pour mettre en exergue des problématiques plus générales (étatisme, responsabilité collective, éducation, violence).</p>
<p>Les éditoriaux sont numérotés pour permettre de les retrouver plus facilement. Je les ai classés par thème, n&#8217;ayant pu retrouver leur date exacte d&#8217;émission pour la plupart d&#8217;entre eux.<br />
Il est possible de créer un lien (par exemple depuis votre site internet, ou pour ajouter en Favori) vers un éditorial particulier en copiant le lien sur le signe # présent à la droite du titre de chaque émission.<br />
La qualité du son n&#8217;est pas excellente, les chroniques ayant été récupérées à partir de cassettes audio.</p>
<p>FRANCE, POLITIQUE, ETATISME, CULTURE</p>
<div class="edito">
<br /><strong><a name="roledeletat">01</a> - Le rôle de l&#8217;Etat <a href="#roledeletat">#</a></strong><br />
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<p><a href="http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-role_de_letat.mp3"><small>Télécharger</small></a></p>
</div>
<div class="edito">
<br /><strong><a name="corruptionetdemocratie">02</a> - Corruption et démocratie <a href="#corruptionetdemocratie">#</a></strong><br />
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<p><a href="http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-corruption_et_democratie.mp3"><small>Télécharger</small></a></p>
</div>
<div class="edito">
<strong><a name="actionpolitique">03</a> - L&#8217;action politique <a href="#actionpolitique">#</a></strong><br />
<embed src="http://chezrevel.net/audio/mp3player.swf" width="320" height="20" allowfullscreen="true" flashvars="&#038;file=http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-action_politique.mp3&#038;height=20&#038;width=320&#038;location=http://chezrevel.net/audio/mp3player.swf&#038;autostart=false" /></p>
<p><a href="http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-action_politique.mp3"><small>Télécharger</small></a></p>
</div>
<div class="edito">
<br /><strong><a name="concurrenceaudiovisuelle">04</a> - La concurrence audiovisuelle <a href="#concurrenceaudiovisuelle">#</a></strong><br />
<embed src="http://chezrevel.net/audio/mp3player.swf" width="320" height="20" allowfullscreen="true" flashvars="&#038;file=http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-concurrence_audiovisuelle.mp3&#038;height=20&#038;width=320&#038;location=http://chezrevel.net/audio/mp3player.swf&#038;autostart=false" /></p>
<p><a href="http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-concurrence_audiovisuelle.mp3"><small>Télécharger</small></a></p>
</div>
<div class="edito">
<br /><strong><a name="scandalesangcontamine">05</a> - Le scandale du sang contaminé - les méfaits de l&#8217;étatisme <a href="#scandalesangcontamine">#</a></strong><br />
<embed src="http://chezrevel.net/audio/mp3player.swf" width="320" height="20" allowfullscreen="true" flashvars="&#038;file=http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-sang_contamine_mefaits_de_letatisme.mp3&#038;height=20&#038;width=320&#038;location=http://chezrevel.net/audio/mp3player.swf&#038;autostart=false" /></p>
<p><a href="http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-sang_contamine_mefaits_de_letatisme.mp3"><small>Télécharger</small></a></p>
</div>
<div class="edito">
<p><strong><a name="partispolitiques">06</a> - Partis politiques et démocratie <a href="#partispolitiques">#</a></strong><br />
<embed src="http://chezrevel.net/audio/mp3player.swf" width="320" height="20" allowfullscreen="true" flashvars="&#038;file=http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-partis_politiques_et_democratie.mp3&#038;height=20&#038;width=320&#038;location=http://chezrevel.net/audio/mp3player.swf&#038;autostart=false" /></p>
<p><a href="http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-partis_politiques_et_democratie.mp3"><small>Télécharger</small></a></p>
</div>
<div class="edito">
<br /><strong><a name="integration">07</a> - Intégration et éducation (Editorial du 13/04/1991) <a href="#integration">#</a></strong><br />
<embed src="http://chezrevel.net/audio/mp3player.swf" width="320" height="20" allowfullscreen="true" flashvars="&#038;file=http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-integration_education_13.4.91.mp3&#038;height=20&#038;width=320&#038;location=http://chezrevel.net/audio/mp3player.swf&#038;autostart=false" /></p>
<p><a href="http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-integration_education_13.4.91.mp3"><small>Télécharger</small></a></p>
</div>
<div class="edito">
<br /><strong><a name="violence">08</a> - Violence et éducation <a href="#violence">#</a></strong><br />
<embed src="http://chezrevel.net/audio/mp3player.swf" width="320" height="20" allowfullscreen="true" flashvars="&#038;file=http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-violence_et_education.mp3&#038;height=20&#038;width=320&#038;location=http://chezrevel.net/audio/mp3player.swf&#038;autostart=false" /></p>
<p><a href="http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-violence_et_education.mp3"><small>Télécharger</small></a>
</div>
<div class="edito">
<br /><strong><a name="furiani">09</a> - Le drame de Furiani (mai 1992) <a href="#furiani">#</a></strong><br />
<embed src="http://chezrevel.net/audio/mp3player.swf" width="320" height="20" allowfullscreen="true" flashvars="&#038;file=http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-drame_de_furiani_mai_92.mp3&#038;height=20&#038;width=320&#038;location=http://chezrevel.net/audio/mp3player.swf&#038;autostart=false" /></p>
<p><a href="http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-drame_de_furiani_mai_92.mp3"><small>Télécharger</small></a></p>
</div>
<div class="edito">
<br /><strong><a name="sartre">10</a> - Jean-Paul Sartre (Editorial du 21/04/1990) <a href="#sartre">#</a></strong><br />
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<p>Transcription partielle de la chronique:<br /><a href="">http://chezrevel.net/revel-a-propos-de-sartre/</a></p>
<p><a href="http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-jean-paul_sartre.mp3"><small>Télécharger</small></a></p>
</div>
<div class="edito">
<br /><strong><a name="racisme">11</a> - Le racisme <a href="#racisme">#</a></strong><br />
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<p><a href="http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-le_racisme.mp3"><small>Télécharger</small></a></p>
</div>
<p>INTERNATIONAL</p>
<div class="edito">
<br /><strong><a name="terrorisme">12</a> - Le terrorisme <a href="#terrorisme">#</a></strong><br />
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<p><a href="http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-terrorisme.mp3"><small>Télécharger</small></a></p>
</div>
<div class="edito">
<br /><strong><a name="dissuasion">13</a> - Dissuasion nucléaire <a href="#dissuasion">#</a></strong><br />
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<p><a href="http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-dissuasion_nucleaire.mp3"><small>Télécharger</small></a></p>
</div>
<div class="edito">
<br /><strong><a name="condamnationdictateurs">14</a> - Condamnation des dictateurs <a href="#condamnationdictateurs">#</a></strong><br />
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<p><a href="http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-condamnation_de_dictateurs.mp3"><small>Télécharger</small></a></p>
</div>
<div class="edito">
<p><strong><a name="bushsenior">15</a> - La politique de George Bush Senior <a href="#bushsenior">#</a></strong><br />
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<p><a href="http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-politique_de_george_bush_senior.mp3"><small>Télécharger</small></a></p>
</div>
<p>URSS, EUROPE DE L&#8217;EST, COMMUNISME</p>
<div class="edito">
<p><strong><a name="gorbatchev">16</a> - Gorbatchev <a href="#gorbatchev">#</a></strong><br />
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<p><a href="http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-gorbatchev.mp3"><small>Télécharger</small></a></p>
</div>
<div class="edito">
<br /><strong><a name="gorbatchevautoritarisme">17</a> - Gorbatchev et l&#8217;autoritarisme <a href="#gorbatchevautoritarisme">#</a></strong><br />
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<p><a href="http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-gorbatchev_et_lautoritarisme.mp3"><small>Télécharger</small></a></p>
</div>
<div class="edito">
<br /><strong><a name="perestroika">18</a> - Les réformes de Gorbatchev <a href="#perestroika">#</a></strong><br />
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<p><a href="http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-reforme_de_gorbatchev.mp3"><small>Télécharger</small></a></p>
</div>
<div class="edito">
<br /><strong><a name="europepostcommuniste">19</a> - L&#8217;Europe post-communiste <a href="#europepostcommuniste">#</a></strong><br />
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<p><a href="http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-europe_post_communiste.mp3"><small>Télécharger</small></a></p>
</div>
<div class="edito">
<br /><strong><a name="economiecommuniste">20</a> - Economie communiste <a href="#economiecommuniste">#</a></strong><br />
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</div>
<div class="edito">
<br /><strong><a name="revolutionpostcommuniste">21</a> - La révolution post-communiste <a href="#revolutionpostcommuniste">#</a></strong><br />
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</div>
<div class="edito">
<br /><strong><a name="economieest">22</a> - Economie en Europe de l&#8217;Est <a href="#economieest">#</a></strong><br />
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</div>
<div class="edito">
<p><strong><a name="refugiesvietnam">23</a> - Les réfugiés du Viet-nam communiste <a href="#refugiesvietnam">#</a></strong><br />
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</div>
<p>AFRIQUE</p>
<div class="edito">
<br /><strong><a name="ethiopie">24</a> - L&#8217;Ethiopie de Mengitsu <a href="#ethiopie">#</a></strong><br />
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<p><a href="http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-lethiopie_de_mengitsu.mp3"><small>Télécharger</small></a></p>
</div>
<div class="edito">
<br /><strong><a name="algerie">25</a> - L&#8217;Algérie (Editorial du 06/07/91) <a href="#algerie">#</a></strong><br />
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<p><a href="http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-algerie_06.07.91.mp3"><small>Télécharger</small></a></p>
</div>
<div class="edito">
<p><strong><a name="afriquedusud">26</a> - L&#8217;Afrique du Sud <a href="#afriquedusud">#</a></strong><br />
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</div>
<p>SADDAM HUSSEIN ET GUERRE DU GOLFE</p>
<div class="edito">
<br /><strong><a name="iraksaddam">27</a> - L&#8217;Irak sous Saddam Hussein <a href="#iraksaddam">#</a></strong><br />
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<p><a href="http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-lIrak_sous_saddam_hussein.mp3"><small>Télécharger</small></a></p>
</div>
<div class="edito">
<br /><strong><a name="reactionarabe">28</a> - La réaction arabe à la guerre en Irak <a href="#reactionarabe">#</a></strong><br />
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<p><a href="http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-reaction_arabe_a_la_guerre_en_irak_de_91.mp3"><small>Télécharger</small></a></p>
</div>
<div class="edito">
<br /><strong><a name="saddamarabes">29</a> - Saddam et les arabes <a href="#saddamarabes">#</a></strong><br />
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<p><a href="http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-saddam_et_les_arabes.mp3"><small>Télécharger</small></a></p>
</div>
<div class="edito">
<br /><strong><a name="intellectuelsarabes">30</a> - Où sont les intellectuels arabes <a href="#intellectuelsarabes">#</a></strong><br />
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<p><a href="http://rives-droites.net/jfrevel/editoriaux/edito_revel-ou_sont_les_intellectuels_arabes.mp3"><small>Télécharger</small></a></p>
</div>
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		<title>Fonds Revel à la BnF</title>
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		<pubDate>Sun, 02 Dec 2007 22:36:55 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Ressources inclassables [fr]]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://chezrevel.net/fonds-revel-a-la-bnf/</guid>
		<description><![CDATA[Selon un communiqué de presse du 25 octobre 2007 de la Bibliothèque Nationale Française, Madame Claude Sarraute vient de donner tous les manuscrits de son mari M. Revel à la BnF.
Selon Bruno Racine, président de cette institution:
« C’est un don très important pour notre institution. [...] Jean-François Revel est l’un des grands intellectuels de la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Selon un communiqué de presse du 25 octobre 2007 de la Bibliothèque Nationale Française, Madame Claude Sarraute vient de donner tous les manuscrits de son mari M. Revel à la BnF.</p>
<p>Selon Bruno Racine, président de cette institution:</p>
<blockquote><p>« C’est un don très important pour notre institution. [...] Jean-François Revel est l’un des grands intellectuels de la seconde moitié du XXe siècle : disposer de l’ensemble de son œuvre dans nos collections offre aux chercheurs un témoignage exceptionnel sur cette période ».</p></blockquote>
<p>Le communiqué conclut:</p>
<blockquote><p>Le fonds Jean-François Revel est à plus d’un titre exceptionnel.<br />
Les manuscrits de ses essais, de La Tentation totalitaire (1976) à L’Obsession anti-américaine (2002), en passant par La Connaissance inutile (1988) et Le Voleur dans la maison vide (1997), éclairent la genèse d’une oeuvre dense et cohérente.<br />
L’ensemble est complété par les manuscrits de ses articles et par une riche correspondance.<br />
Les abondantes archives de L’Express pour la période 1978-1981 offrent enfin à l’histoire du journalisme des sources inédites.</p></blockquote>
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		<item>
		<title>Cunning like a hedgehog.</title>
		<link>http://chezrevel.net/article-de-simon-leys/</link>
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		<pubDate>Sun, 02 Dec 2007 21:36:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Administrator</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Articles d'autres auteurs]]></category>

		<category><![CDATA[Documents importants]]></category>

		<category><![CDATA[English]]></category>

		<category><![CDATA[Other authors' articles]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://chezrevel.net/article-de-simon-leys/</guid>
		<description><![CDATA[Cunning like a heldgehog. In memory of Jean-François Revel, man of letters, man of integrity, friend
Par Simon Leys
The Australian Literary Review, 1 August 2007
G K. CHESTERTON, whose formidable mind drew inspiration from a vast culture - literary, political, poetical, historical and philosophical - once received the naive praise of a lady: &#8220;Oh, Mr Chesterton, you [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Cunning like a heldgehog. In memory of Jean-François Revel, man of letters, man of integrity, friend</strong></p>
<p>Par <strong>Simon Leys</strong><br />
<em>The Australian Literary Review, 1 August 2007</em></p>
<p>G K. CHESTERTON, whose formidable mind drew inspiration from a vast culture - literary, political, poetical, historical and philosophical - once received the naive praise of a lady: &#8220;Oh, Mr Chesterton, you know so many things!&#8221; He suavely replied: &#8220;Madam, I know nothing: I am a journalist.&#8221;</p>
<p>The many enemies of French philosopher Jean-François Revel (1924-2006) often attempted to dismiss him as a mere journalist which, of course, he was among many other things, and very much in the Chestertonian fashion.</p>
<p>At first he may seem odd to associate these two names: what could there be in common between the great Christian apologist and the staunch atheist, between the mystical poet and the strict rationalist, between the huge, benevolent man mountain and the short, fiery, nimble and pugnacious intellectual athlete (and, should we also add, between the devoted husband and the irrepressible ladies&#8217; man)? One could multiply the contrasts, yet, on a deeper level, the essence of their genius was very much alike.</p>
<p>Revel was an extrovert who took daily delight in the company of his friends:</p>
<blockquote><p>I am the most sociable creature; other people&#8217;s society is my joy. Though, for me, a happy day should have a part of solitude, it must also afford a few hours of the most intense of all the pleasures of the mind: conversation. Friendship has always occupied a central place in my life, as well as the keen desire to make new acquaintances, to hear them, to question them, to test their reactions to my own views.</p></blockquote>
<p>Always sparring with his interlocutors, he was passionately commited to is ideas, but if he took his own beliefs with utter seriousness, he did not take his own person seriously. Again, one could apply to him what Chesterton&#8217;s brother said of his famous sibling: &#8220;He had a passionate need to express his opinions, but he would express them as readily and well to a man he met on a bus.&#8221;<br />
Revel&#8217;s capacity for self-irony is the crowning grace of his memoirs, <em>The Thief in an Empty House</em>. Personal records can be a dangerous exercice, but in his case it eventuated in a triumphant masterpiece.</p>
<p>His humour enchanted his readers, but kept disconcerting the more pompous pundits. The French greatly value wit, which they display in profusion, but humour often makes them uneasy, especially when it is applied to important subjects; they do not have a word for it, they do not know the thing.</p>
<p>Whereas wit is a form of duelling - it aims to wound or to kill - the essence of humour is self-deprecatory. Once again, a Chestertonian saying could be apposite: &#8220;My critics think that I am not serious, but only funny, because they think that &#8216;funny&#8217; is the opposite of &#8217;serious&#8217;. But &#8216;funny&#8217; is the opposite of &#8216;not funny&#8217; and nothing else. Whether a man chooses to tell the truth in long sentences or in short jokes is analogous to whether he chooses to tell the truth in French or German.&#8221;</p>
<p>What compounded the dismay of Revel&#8217;s pretentious critics was his implacable clarity. One of his close friends and collaborators said he doubted if Revel, in his entire career, had written a single sentence that was obscure. In the Parisian intellectual world such a habit can easily ruin a writer&#8217;s credit, for simple souls and solemn mediocrities are impressed only by what is couched in opaque jargon. And, in their eyes, how could one possibly say something important if one is not self-important?</p>
<p>With the accuracy of his information and the sharpness of his irony, Revel deflated the huge balloons of cant that elevate the chattering classes. They felt utterly threatened, for he was exposing the puffery of the latest intellectual fashions upon which their livehood depended. At times they could not hide their panic; for instance, the great guru of the intelligentsia, Jacques Lacan, during one of his psychoanalytical seminars at the Sorbonne, performed in front of his devotees a voodoo-like exorcism.<br />
He frantically trampled underfoot and destroyed a copy of Revel&#8217;s book <em>Why Philosophers?</em>, in which Lacan&#8217;s charlatanism was analysed.</p>
<p>Yet such outbursts weere mere circus acts; far more vicious was the invisible conspiracy that surrounded Revel with a wall of silence, well documented in Pierre Boncenne&#8217;s <em>Pour Jean-François Revel: Un esprit libre</em> (Plon, Paris, 2006), a timely and perceptive book that takes the full measure of Revel&#8217;s intellectual, literary and human stature.</p>
<p>A paradoxical situation developed: Revel&#8217;s weekly newspaper columns were avidly read, nearly every one of his 30-odd books was an instant bestseller, and yet the most influential &#8220;progressive&#8221; critics studiously ignored his existence. His books were not reviewed, his ideas were not discussed, if his name was mentioned at all it was with a patronising sneer, if not downright slander.</p>
<p>Revel was quintessentially French in his literary tastes and sensitivity (his pages on Michel de Montaigne, Francois Rabelais and Marcel Proust marry intelligence with love; his anthology of French poetry mirrors his original appreciation of the poetic language), in his art of living (his great book on gastronomy is truly a &#8220;feast in words&#8221;) and in his conviviality (he truly cared for his friends).</p>
<p>And yet what strikingly set him apart from most other intellectuals of his generation was his genuinely cosmopolitan outlook.</p>
<p>He had spent abroad the best part of his formative and early creative years, mostly in Mexico and Italy. In addition to English (spoken by few educated Fench of his time) he was fluent in Italian, Spanish and German; until the end of his life he retained the healthy habit to start every day (he rose at 5am) by listening to he BBC news and reading six foreign newspapers.</p>
<p>On international affairs, on literature, art and ideas, he had universal perspectives that broke completely from the suffocating provincialism of the contemporary Parisian elites. In the 18th century, French was the common language of the leading minds of continental Europe; 20th-century French intellectuals hardly noticed that times had changed in this respect; they retained the dangerous belief that whatever was not expressed in French could hardly matter.</p>
<p>Revel never had enough sarcasm to denounce this sort of self-indulgence; on the bogus notion of <em>le rayonnement français</em>, he was scathing: &#8220;French culture has radiated for so long, it&#8217;s a wonder mankind has not died from sunstroke.&#8221; He fiercely fought against chauvinist cultural blindness, and especially against its most cretinous expression: irrational anti-Americanism. At the root of this attitude he detected a subconscious resentment: the french feel that when Americans are playing a leading role in the political-cultural world they are usurping what is by birthright a French prerogative.</p>
<p>By vocation and academic training Revel was originally a philosopher (he entered at an exceptionally early age the Ecole Normale Superieure, the apex of the French higher education system). He taught philosophy and eventually wrote a history of Western philosophy (eschewing all technical jargon, it is a model of lucid synthesis).</p>
<p>However, he became disenchanted with the contemporary philosophers who, he flet, had betrayed their calling by turning philosophy into a professional career and a mere literary genre. &#8220;Philosophy,&#8221; he wrote &#8220;ought to return to its original and fundamental question: How should I live?&#8221; he preferred simply to call himslef &#8220;a man of letters&#8221;.</p>
<p>Ancient Greek poet Archilochus famously said: &#8220;The fow knows many things but the hedgehog knows one big thing.&#8221; Revel was the archetypical fox, but at the same time he held with all the determination of a hedgehog to one central idea that inspires, pervades and motivates all his endeavours:</p>
<blockquote><p>The belief that each individual destiny, as well as the destiny of mankind, depends upon the accuracy - or the falsity - of the information at their disposal, and upon the way in which they put this information to use.</p></blockquote>
<p>He devoted one of his books specifically to this issue, <em>La Connaissance Inutile</em> (Useless Knowledge), but this theme runs through nearly all his writings.</p>
<p>Politics naturally absorbed a great amount of his attention. From the outset he showed his willingness to commit himself personaly, and at great risk: as a young man in occupied France he joined the Resistance against the Nazis. After the war, his basic political allegiance was, and always remainded, to the Left and the principles of liberal democracy. He was sharply critical of Charles de Gaulle and of all saviours and providential leaders in military uniforms.</p>
<p>Yet, like George Orwell before him, he always believed that only an uncompromising denunciation of all forms of Stalinist totalitarianism can ensure the ultimate victory of socialism. Thus - again, like Orwell - he earned for himself the hostility of his starry-eyed comrades.</p>
<p>Revel&#8217;s attempt at entering into active politics was short-lived, but the experience gave him an invaluable insight into the essential intellectual dishonesty that is unavoidably attached to partisan politicking. He was briefly a Socialist Party candidate at the 1967 national elections, which put him in close contact with François Mitterrand (then leader of the Opposition). The portrait he paints of Mitterrand in his memoirs is hilarious and horrifying.</p>
<p>Mitterrand was the purest type of political animal: he had no politics at all. He had a brilliant intelligence, but for him ideas were neither right or wrong, they were only useful or useless in the pursuit of power. The object of power was not a possibility to enact certain policies; the object of all policies was simply attain and retain power.</p>
<p>Revel, having drafted a speech for his own electoral campaign, was invited by Mitterrand to read it to him. The speech started, &#8220;Although I cannot deny some of my opponent&#8217;s achievements&#8230;&#8221; Mitterand interrupted him at once, screaming: &#8220;No! Never, never! In politics never acknowledge that your opponent has <em>any</em> merit. This is the basic rule of the game.&#8221;</p>
<p>Revel understood once and for all that this game was not for him and it was the end of his political ambition. Which proved to be a blessing: had politics swallowed him at that early stage in his life how much poorer the world of ideas and letters would have been. (And one could have said exactly the same about his close friend Mario Vargas Llosa, who - luckily for literature - was defeated in presidential elections in Peru.)</p>
<p>Dead writers who were also friends never leave us: whenever we open their books, we hear again their very personal voices and our old exchanges are suddenly revived. I had many conversations (and discussions: different opinions are the memorable spices of friendship) with Revel; yet what I wish to record here is not something he said, but a silence that had slightly puzzled me at the time. The matter is trifling and frivolous (for which I apologise), but what touches me is that I found the answer many years later, in his writings.</p>
<p>A long time ago, as we were walking along a street in Paris, chatting as we went, he asked me about a film I had seen the night before, Federico Fellini&#8217;s <em>Casanova</em> (which he had not seen). I told him that one scene had impressed me, by its acute psychological insight into the truth that love-making without love is but a very grim sort of gymnastics. He stopped abruptly and gave me a long quizzical look, as if he was trying to find out whether I really believed that, or was merely pulling his leg.<br />
Unable to decide, he said, &#8220;Hmmm&#8221; and we resumed our walk, chatting of other things.</p>
<p>Many years later, reading his autobiography, I suddenly understood. When he was a precocious adolescent of 15, at school in Marseilles, he was quite brilliant in all humanities subjects but hopeless in mathematics. Every Thursday, pretending to his mother that he was receiving extra tuition in maths, he used to go to a little brothel. He would first do his school work in the common lounge and, after that, go upstairs with one of the girls. The madam granted him a &#8220;beginner&#8217;s rebate&#8221;, and the tuition fee generously advanced by his mother covered the rest.</p>
<p>One Thursday, however, as he was walking up the stairs his maths teacher came down. The young man froze, but the teacher passed impassively, merely muttering between clenched teeth: &#8220;You will always get passing marks in maths.&#8221; The schoolboy kept their secret and the teacher honoured his part of the bargain; Revel&#8217;s mother was delighted by the sudden improvement in his school results.</p>
<p>I belatedly realised that, from a rather early age, Revel had acquired a fairly different perspective on the subject of our chat.</p>
<p>At the time of Revel&#8217;s death in April last year, Vargas Llosa concluded the eloquent and deeply felt obituary he wrote for our friend in Spanish newspaper <em>El pais</em>: &#8220;Jean-François Revel, we are going to miss you so much.&#8221; How true.</p>
<p><strong>Simon Leys</strong></p>
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		<title>Extraits d&#8217;En mai 1968</title>
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		<pubDate>Mon, 24 Sep 2007 07:15:02 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Extraits d&#8217;En mai 1968 d&#8217;Enzo Bettiza,
article paru dans Commentaire Numéro 116/Hiver 2006-2007, Tombeau pour Jean-françois Revel.
Pages 1012 - 1013
[...] Deux heures plus tard, me frayant péniblement un passage dans des cortèges de jeunes hurlant à travers le quartier de Saint-Germain-des-Prés, je suis passé de la demeure vaguement saint-pétersbourgeoise de Mme Sarraute au petit bureau éditorial [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Extraits d&#8217;<em>En mai 1968</em> d&#8217;Enzo Bettiza,<br />
article paru dans <a href="http://chezrevel.net/revue-commentaire-numero-116/">Commentaire Numéro 116/Hiver 2006-2007</a>, Tombeau pour Jean-françois Revel.</p>
<p>Pages 1012 - 1013</p>
<p>[...] Deux heures plus tard, me frayant péniblement un passage dans des cortèges de jeunes hurlant à travers le quartier de Saint-Germain-des-Prés, je suis passé de la demeure vaguement saint-pétersbourgeoise de Mme Sarraute au petit bureau éditorial (je ne sais plus s&#8217;il s&#8217;agissait de celui de Julliard ou de Laffont) de son gendre Revel. La scène où j&#8217;ai atterri était aux antipodes de celle que je venais de quitter. Là, derrière un bureau sommaire, cerné de parois nues encore éclairées en coup de sabre par un rayon de soleil qui pénétrait, en même temps que les clameurs des défilés, du boulevard d&#8217;en bas, j&#8217;ai trouvé un homme massif et chauve en bras de chemise, à la voix joyeuse et vibrante. Il m&#8217;a tendu la main pour serrer la mienne avec une énergie confidentielle, sans se lever de sa chaise, comme si nous nous connaissions de longue date; il s&#8217;est aussitôt lancé dans la conversation. Tandis qu&#8217;il parlait, ce qui m&#8217;impressionnait le plus était le contraste entre ses lèvres extrêmement mobiles et la pénétrante fixité se ses petits yeux, pratiquement dépourvus de cils et de paupières, semblables à deux pupilles nues, grises, fichées avec une fermeté extraordinaire, comme des épingles presque, au milieu d&#8217;un visage rond et rose. De ses propos émanait une lucidité affirmative, géométrique, s&#8217;inscrivant dans les idées comme les pointes d&#8217;un compas hostile à la duplicité et à l&#8217;ambiguïté.</p>
<p><strong><em>Ni de gauche ni de droite</em></strong></p>
<p>On m&#8217;avait dit que Revel venait de la gauche et qu&#8217;il se considérait depuis toujours comme socialiste. Mais les idées qu&#8217;il délimitait à l&#8217;aide de son compas mental ne me paraissaient ni de gauche ni de droite: elles me paraissaient exactes et limpides, voilà tout.<br />
Á un moment donné, m&#8217;indiquant du menton la fenêtre entrouverte d&#8217;où provenaient les bruits de la foule de jeunes en marche sur le boulevard, il s&#8217;est exclamé: « Vous les entendez, ces jeunes gens aisés, en bas ? ! Ils imaginent la révolution, ils ne font que l&#8217;imaginer et la rêver, car ils savent parfaitement qu&#8217;ici, en Occident, en 1968, aprés une révolution aussi complexe que la Révolution française et aprés les terribles échecs de la Révolution russe, il n&#8217;est plus possible de faire la révolution. Les barricades de papier mâché de ces fils à papa sont la preuve par neuf qu&#8217;aucune révolution authentique n&#8217;est plus réalisable ni concevable dans le monde occidental. Le terme psychodrame, tellement à la mode aujourd&#8217;hui, n&#8217;est qu&#8217;un euphémisme rhétorique pour ne pas dire impuissance révolutionnaire. »</p>
<p>Puis Revel a voulu dresser un parallèle entre « les authentiques jeune combattants » de la révolution hongroise de 1956 et les « jeunes révolutionnaires imaginaires » qui, ces jours-là, investissaient les amphis universitaires et les rues de Paris. Je continue à reconstituer de mémoire à peu près ce qu&#8217;il m&#8217;a dit: « Á Budapest, en 56, on a vu de jeunes prolétaires, souvent fils de communistes, affronter dans une lutte à mort l&#8217;épouvantable pouvoir communiste de la deuxième superpuissance mondiale, réclamant des droits civiques, la liberté d&#8217;expression, l&#8217;indépendance nationale. Alors qu&#8217;ici, sous cette fenêtre, que voit-on ? Une masse de jeunes bourgeois aisés et pleins d&#8217;imagination qui, mettant en scène un combat théâtral avec un pouvoir paternaliste indulgent, réclament en substance l&#8217;annulation de ces droits et libertés civils qui cependant leurs permettent de fracasser des vitrines et de dresser des barricades au nom d&#8217;une révolution impossible. La démocratie libérale est en soi vulnérable, elle invite presque à l&#8217;anarchie ludique et au chaos estudiantin: un luxe que seuls les enfants de sociétés riches et permissives peuvent se permettre. »</p>
<p><strong>Enzo Bettiza</strong></p>
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		<title>Review of &#8220;Les Plats de saison&#8221; and three other books</title>
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		<pubDate>Sat, 19 May 2007 09:22:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Administrator</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Articles de H. Astier]]></category>

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		<description><![CDATA[Paru dans le Times Literary Supplement le 30 novembre 2001, by Henri Astier.
Books reviewed:
- Régis Debray, L&#8217;Emprise, Gallimard, 146p, FF75, ISBN 2-07-075861-3
- Régis Debray, I.F. suite et fin, Gallimard, 190p, FF85, ISBN 2-07-076069-3
- Tzvetan Todorov, Mémoire du mal, Tentation du bien, Enquête sur le siècle, Robert Laffont, 356p, FF149, ISBN 2-221-09079-9
- Jean-François Revel, Les Plats [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Paru dans le Times Literary Supplement le 30 novembre 2001, by Henri Astier.</p>
<p><ins>Books reviewed:</ins></p>
<p>- Régis Debray, <strong><a href="http://www.amazon.fr/dp/2070758613?tag=chezrevel-21&#038;camp=1414&#038;creative=6410&#038;linkCode=as1&#038;creativeASIN=2070758613&#038;adid=1CT0JCAG0YVADHAY3RCK&#038;">L&#8217;Emprise</a></strong>, Gallimard, 146p, FF75, ISBN 2-07-075861-3<br />
- Régis Debray, <strong><a href="http://www.amazon.fr/dp/2070760693?tag=chezrevel-21&#038;camp=1414&#038;creative=6410&#038;linkCode=as1&#038;creativeASIN=2070760693&#038;adid=1NSJCCJSAMTZT20D7RME&#038;">I.F. suite et fin</a></strong>, Gallimard, 190p, FF85, ISBN 2-07-076069-3<br />
- Tzvetan Todorov, <strong><a href="http://www.amazon.fr/dp/2221090799?tag=chezrevel-21&#038;camp=1414&#038;creative=6410&#038;linkCode=as1&#038;creativeASIN=2221090799&#038;adid=14Z8DYH5G94ZFPWHVZMX&#038;">Mémoire du mal, Tentation du bien, Enquête sur le siècle</a></strong>, Robert Laffont, 356p, FF149, ISBN 2-221-09079-9<br />
- Jean-François Revel, <strong><a href="http://chezrevel.net/les-plats-de-saison-journal-de-lannee-2000/">Les Plats de saison</a></strong>, Seuil, 442p., FF135, ISBN 2-02-037137-5</p>
<p>Non-French people can be forgiven for wondering how the French intellectual sees the world these days.  He was last seen planning the overthrow of the bourgeoisie in a Paris café in 1972, and apart from gnomic utterances about post-modern society little has been heard from him since then.  What happened was that by the 1980s the French intellectual had lost his trademark faith in Marxism and become a believer in democracy, civil liberties, the rights of minorities, and relief for the wretched of the earth.  In short he was just like other western intellectuals; he had ceased to be an object of study or curiosity.  In many ways this was good news.  Humanitarianism is a nice sort of doctrine; you can’t get things spectacularly wrong by preaching it.  Surely it is better for young idealists to dream of building clinics in Africa than blowing up their parents&#8217; home.   So have French intellectuals put their support for collectivist monstrosities behind them?  Has the rise of humanitarianism led to a new age of responsibility and maturity in France’s public debate?  The authors of the books under review beg to differ.</p>
<p>Régis Debray, a 1960s radical turned champion of the nation-state, formally broke with humanitarianism during the Kosovo conflict.  He made himself thoroughly unpopular by travelling to Serbia, dodging the bombs, and writing on his return that the NATO campaign was doing more harm than good.  The humanitarian Left rounded on Debray, lambasting him as naïve at best and a closet supporter of Milosevic at worst.  The debate raged briefly in Le Monde in May 1999, and ended with Debray&#8217;s discomfiture.  France&#8217;s smart opinion, like the public at large, applauded the bombing of Yugoslavia.</p>
<p>After a spell away from public view, Debray responded by publishing two short books.  His aim was not to revive old disputes over Kosovo, but to expose what he viewed as the biases of his critics.  The first book, L&#8217;Emprise takes on journalists.  This is not a new departure for Debray, who has elevated the art of deconstructing newspeak into a new academic discipline, &#8220;médiologie&#8221;.   L&#8217;Emprise (&#8221;The Hold&#8221;) compares the French press of today to the Roman Catholic church of old.  The new religion, Debray contends, has its articles of faith (human rights), its charitable orders (French doctors and the like), and its crusading knights (NATO).  The role of the media, as the new clergy, is to uphold the faith and keep people to the straight and narrow.  &#8220;Major excommunication used to be fulminated ex cathedra by bishops in dark churches,&#8221; Debray writes.  Now dissenters like himself are confronted by new inquisitors: &#8220;Heavyweight commentators (…) , foes of totalitarianism entrenched in all the weeklies, channels, and dailies without exception.&#8221;</p>
<p>The second book, I.F. suite et fin, takes on intellectuals.  Again, Debray is on familiar territory: in 1979 he published a broadside against Teachers, Writers, Celebrities: the Intellectuals of Modern France (Le Pouvoir intellectuel en France)   His latest book contends that the intellectuel français, the &#8220;I.F.&#8221; of the title, is a pale imitation of the 1900 model (the noun &#8220;intellectual&#8221; originated during the Dreyfus affair).  Émile Zola was an international celebrity, unlike his parochial heirs.  The original &#8220;I.F.&#8221; was an advocate for unpopular causes; today&#8217;s is a prosecutor bent on bringing evil-doers to book.  Above all, he is a moralist: his mind is programmed to tell Right from Wrong, rather than truth from error.  As Debray remarks, the opposite was true of Dreyfus&#8217;s defenders.  The question they asked was: &#8220;Is he guilty or innocent?&#8221;, and not: &#8220;Is it better to be for or against the accused captain?&#8221;  Debray argues that because French intellectuals are more interested in moral correctness than in factual accuracy, they are condemned to irrelevance.  The &#8220;I.F.&#8221;, he says, is on the verge of extinction.</p>
<p>Debray&#8217;s main merit is that he does not go for easy targets.  Human rights groups and relief agencies are so obviously well meaning that we readily take them at their own estimation of selfless keepers of the public interest.  But as Debray reminds us, good people are vulnerable to self-righteousness: their very goodness leads them to regard opponents as morally tainted, rather than intellectually wrong, and public debate is stifled as a result.  Ultimately self-righteousness does not work: there may be excellent arguments for cancelling Third World debt or ending child labour, just as there might have been good reasons to bomb Serbia &#8212; a point Debray concedes.  But only through reasoned discussion can a point of view lastingly prevail.</p>
<p>But to hit hard target you need to focus your sights.  Debray does not, and wastes much ammunition as a result.  He is reluctant to quote, or even name, his opponents, and prefers to inveigh against the intellectual media-hounds in general.  Debray&#8217;s bugbears seem to be Bernard-Henri Lévy and André Glucksmann, but one gets the impression that he cannot bring himself to confront them head on.  Unfortunately for Debray, a biting irony and a zest for metaphorical pyrotechnics are no substitutes for clarity and attention to detail.  </p>
<p>When he does give specifics, he is sloppy with his examples.  While making a point about the tendency of those who support armed intervention to exaggerate atrocities, Debray dismissively mentions estimates of 100,000 dead in Kosovo and one million in Rwanda, suggesting that both figures were plucked out of the air to stir up international outrage.  This may have been true regarding Kosovo: in the end, the number of ethnic Albanian pronounced dead or missing after the war was just over 6,300 &#8212; a terrible crime, but hardly a case of genocide.  In the case of Rwanda the one-million figure is close to the truth, the word &#8220;genocide&#8221; was justified and the rest of the world let it happen.  One can argue that the international community disgraced itself in both Kosovo and Rwanda, but not in the same way.</p>
<p>Even in his basic contentions, Debray gets carried away.  He offers no evidence that French intellectuals are a dying breed.  And has their quality really declined in recent decades?  It&#8217;s all a matter of taste, of course, but few in France lament the passing of Marxoid structuralism as a model for social sciences (although the old deconstructionist flame is being kept alive in American universities).  No French intellectual today would affirm a duty to lie for a good cause, as Sartre did, or sing the praises of Iran&#8217;s Ayatollahs, as Foucault did, and that must be an improvement.  Of course, the fact that intellectuals have embraced human rights, arguably a worthier cause than the class struggle, does not entitle them to feel smug.  Anyone claiming superior wisdom in the name of modernity is bound to be judged harshly by future generations.  Ideologies may change, but basic attitudes remain: the combination of naïveté and arrogance that has characterised France&#8217;s intellectual life for centuries shows no sign of disappearing.  That charge is damning enough.  Debray would have made his job easier by concentrating on documenting it, rather than stating a dubious law of intellectual decline.</p>
<p>Tzvetan Todorov in Mémoire du Mal, Tentation du Bien offers much more thorough and effective critique of political Manicheism than Debray does.  A Bulgarian-born linguist and guru of 1970s structuralism, Todorov turned to the history of ideas late in his career.  His latest book is an intellectual survey of the Twentieth century that draws many of its illustrations from his country of adoption, France.  Todorov argues that the most fateful innovation of the past hundred years &#8212; the &#8220;mal du siècle&#8221;, as he puts it &#8212; has been the introduction of moralism into the heart of politics.  As morality ceased to place strict demands on private conduct, public life became shot through with it.</p>
<p>The transformation of politics into a struggle between good and evil was carried out to its deadliest extremes by totalitarian regimes.  What characterised Nazism or Communism was the mass murder of large sections of the population for the good of mankind.  Tororov makes clear that both variants of totalitarianism can, and should, be understood rationally, a point controversially made about the Nazis by the German historian Ernst Nolte in his 1986 book The European Civil War (whose French translation last year triggered a local version of Germany&#8217;s &#8220;historians&#8217; debate&#8221; of the 1980s). The word &#8220;rational&#8221;, as used by both Todorov and Nolte, is not meant as justification, but suggests that both systems have their internal logic.  Stalin or Hitler did not kill millions out of sheer bloodlust.  Kulaks had to be exterminated because private property was the root of all evil; for the Nazis, a healthy nation had to be rid of Jews and other parasites. &#8220;The Chekist or SS who kills &#8216;enemies&#8217;,&#8221; Todorov writes, &#8220;believes he is working for the benefit of others and acting rationally.&#8221;</p>
<p>This idea is hardly new &#8212; &#8220;Who does not view his own cause as just?&#8221; Erasmus asked &#8212; but it seems to have been neglected in the twentieth century.  The Nazis and their racist ideology are justly condemned as evil; but many westerners find it difficult to judge communists as harshly because their ideals of peace and brotherhood are generous.  Todorov is not for a moment suggesting that we should judge regimes either on their own terms or not at all.  Some are clearly wicked, he says, but we must not pass judgment on the basis of self-proclaimed intentions.  Almost by definition, these are admirable.  What makes distinguishes good from evil systems is the means they are ready to use to reach their ideals.</p>
<p>Todorov&#8217;s central point is that totalitarian regimes do not have a monopoly on oppressive self-righteousness.  &#8220;Totalitarianism may sometimes be seen, with justification, as the evil empire,&#8221; he writes, &#8220;but it does not follow that democracy embodies, in all places and at all times, the kingdom of virtue.&#8221;  Like Debray, Todorov considers the war over Kosovo as a raw affirmation of western power: NATO was spoiling for a fight with an enemy conveniently cast as a new Hitler.  One does not need to agree with him on this to accept his wider point: by presenting the war as a combat against pure evil waged on behalf of pure victims, the allies justified a ruthless use of their firepower.</p>
<p>Similarly, one does not need to share Todorov&#8217;s dim view of the United Nations International Tribunal for the former Yugoslavia as a poodle of the Security Council to express concern about the Tribunal&#8217;s independence.  The indictment of Slobodan Milosevic on charges of crimes against humanity at the height of the Kosovo conflict is disturbing: one may support NATO and the Tribunal, but any suggestion that they may be working hand in hand undermines the authority of both.  The most worrying thing in all this is the position of those who, in France and elsewhere, traditionally stand for impartial justice.  The press, human rights advocates, and intellectuals are squarely behind the Chief Prosecutor in The Hague and assume that defendants are guilty.  The prevailing attitude among them seems to be: &#8220;We are the good guys, so we cannot be suspected of abuse of power.&#8221;</p>
<p>If current conflicts can be staged as morality plays, so can past ones.  Slaying the beast once the danger has passed is a safe way of being right, and one that is particularly prevalent in France.  Todorov notes that the French are obsessed by the German occupation: they go over the same ground, not to analyse events dispassionately but to pass judgement.  In the late 1980s and 1990s a proclaimed devoir de mémoire (&#8221;duty to remember&#8221;) was exercised through the trials of dying men called upon to answer for the crimes of the Gestapo and the Vichy regime.  As Todorov observes, trials are based on the clash of sharply opposing points of view, and are therefore not the best way to shed light on a complex past.  Anyone wishing to have an idea of the moral maze experienced by collaborationists and resistance fighters will learn more from reading, say, the novels of Patrick Modiano than the transcripts of any trial.</p>
<p>Mémoire du Mal, Tentation du Bien contains a number of short essays on writers, such as Primo Levi and Vasily Grossman, who rejected moral posturing despite their first-hand experience of the century&#8217;s worst systems.  What is striking in Todorov&#8217;s selection is how obscure the French authors are: who, in France or elsewhere, remembers David Rousset or Germaine Tillon?  Even in their time these Nazi camp survivors who became critics of the totalitarian system that survived the war had no intellectual influence.  Despite Todorov&#8217;s best efforts, they will remain footnotes in what Bernard-Henri Lévy has called &#8220;le Siècle de Sartre&#8221;.  Culturally, France is stuck in the darkest twentieth century.</p>
<p>This is also the conclusion reached by Jean-François Revel in Les Plats de Saison.  This book is not  a full-blown political essay, but a diary for the year 2000 where Revel, a philosopher, and best-selling political writer, jots down his daily gripes and reflections on everything from tasteless radishes to France&#8217;s awkward constitution.  Anyone who enjoys Revel&#8217;s acerbic style and lucid thought will feast on such a diverse menu (the title, meaning &#8220;seasonal dishes&#8221;, reflects both this variety and the author&#8217;s gastronomic interests).</p>
<p>Despite the necessarily broken structure of the book, bit-by-bit Revel paints a vivid picture of France&#8217;s intellectual landscape.  In his previous book, La Grande parade, he had shown how, perversely, the death of the Soviet Union had led to a revival of anti-capitalism in the West.  It was now possible to dream of an alternative to economic liberalism without being made to face the fact of life under &#8220;real socialism&#8221;.  As capitalism became universally practised it was increasingly reviled.  But while in most western countries this condemnation merely brought together vocal minorities &#8212; the hard Left, the far Right, and trade unions&#8211; in France it is the majority view. </p>
<p>Les Plats de saison provides many weird and wonderful illustrations of this.  At a leaving party thrown last year for the outgoing Employment Minister, Martine Aubry, her staff broke into the Internationale, the original Soviet anthem – a song, Revel notes, that is as relevant to modern France as Maréchal, nous voilà, the hymn to the leader of Vichy France, Marshall Pétain.  This incident is more than a drunken outburst by pseudo-revolutionaries: it is indicative of a deep hostility to market forces shared by French people of all persuasions.  President Chirac, a conservative, said last year that globalisation was a cause of world poverty.  Prime Minister Jospin, a socialist, has been fighting a rearguard battle with his European counterparts against the Blairite Third Way.</p>
<p>The most popular public figure in France last year was undoubtedly José Bové, peasant leader, globaphobe extraordinaire, and enemy of junk food.  The nation was shocked when a court gave him a light prison sentence for trashing a McDonald&#8217;s restaurant.  Union leaders and politicians rushed to condemn the verdict, explaining that farmers, truck-drivers and other groups often express their grievances through &#8220;direct action&#8221; without getting punished for it &#8212; so why should Bové?  As Revel observes, those leaders make no distinction between legal and illegal protest: destroying property and blocking roads are regarded as legitimate forms of political action in France.  Violent protest can even be encouraged: when anti-capitalists in December demanded free train rides to Nice, 