Jean-François Revel

Portraits et témoignages

Extraits de journaux, articles et souvenirs évoquant Jean-François Revel

Françoise Giroud, Journal d’une parisienne, Seuil, 1994, pp. 27–28.

“Jeudi 14 janvier 1993. […]

Déjeuner hier avec Jean-François Revel. Il me traite royalement, chez Robuchon. Nous nous léchons les babines. C’est un vieux complice que j’adore. Il est tout plein des effets pervers de la Constitution. Il a un esprit systématique mais dont le fonctionnement est superbe. Une machine de haute précision. Et puis il sait tout de tout. Je l’écoute… Plus on observe ce qu’a été le communisme, me dit-il, plus on a peur. Si tant d’hommes et de femmes ont voulu cela, ils sont capables de vouloir demain n’importe quoi d’égal ou de pire.

En 1958, Bernard Pivot franchit les portes du « Figaro littéraire », Etienne de Montety pour Le Figaro, 2 janvier 2026

Celui qui épate le plus le jeune Pivot, c’est Jean-François Revel ; ce normalien allie à une vaste culture un brio intellectuel, il sait juger et dire son fait à n’importe quel grand esprit, qu’il s’agisse de Bergson, de Foucault ou de Lévi-Strauss. Mais quand l’auteur de Pourquoi des philosophes vient à la rédaction pour apporter son article, ce n’est pas de philosophie qu’il entretient son entourage. Il passe des heures à parler turf avec le responsable de la rubrique « course », connaissant chaque cheval, ses performances antérieures et même son pedigree. Son autorité est aussi grande sur le monde des idées que sur celui des hippodromes. Au point que les journalistes de la rédaction lui confient régulièrement le soin de parier pour eux. On ne sache pas que l’un d’eux ait jamais gagné à Longchamp ou Vincennes.