Jean-François Revel

Mentions de l’anthologie de la poésie française

Page consacrée à l’ouvrage: Une anthologie de la poésie française

Revue par Pol Vandromme:

“On attendait au tournant Jean-François Revel. Le rationaliste, le disciple de Benda, le dénonciateur de la littérature belphégorienne, avait l’audace de s’occuper de poésie.
Comme s’il pouvait y entendre quelque chose, l’esprit froid et le coeur sec!

Ceux qui tendaient le guet-apens en sont pour leurs frais. Jean-François Revel se tire très bien de l’aventure -infiniment mieux pour tout dire que le Léautaud qui se plaçait sous la caution de Van Bever ou que le Pompidou qui snobait le gaullisme dans le chienlit tout parisien.

Son anthologie ne s’ouvre pas sur un manifeste qui déploie les vues générales et tranchantes dont raffolent les bêtes à jugement. Jean-François Revel déclare avec une simplicité réconfortante: voici mon goût, l’émotion l’a suscité, mais je ne me fâcherai pas si vous m’annonciez que ce n’est pas le vôtre. C’est toujours bon à savoir qu’on ne risque pas le bûcher en cédant à la contradiction. La rigueur ne va pas si souvent de pair avec le libéralisme.

Ce qui m’enchante le plus dans ce texte de présentation, c’est son entrée en matière. Je n’imaginais pas qu’on pût se singulariser à ce point, sur un ton aussi paisible et aussi juste, en lançant l’évidence comme un défi.

Il y a peu de grands poètes, et la plupart des grands poètes ont le plus souvent écrit très peu de beaux poèmes. le génie poétique n’est pas seulement rare, il se manifeste rarement chez ceux qui le possèdent.

Jean-François rappelle son sujet à la modestie. C’est la façon la meilleure de le bien traiter. Deux pages plus loin il revient à la charge – “Il n’y a pas de grands poètes, il n’y a que de grands poèmes” – preuve qu’il ne distille pas le paradoxe en bel esprit mais que sa petite trouvaille ne cesse de lui trotter dans la tête.”

Mention dans Yoga, par Emmanuel Carrère:

“… Revel, que nous croisions au Codec de Paimpol, poussant son caddie exclusivement rempli que bouteilles de pinard, lui-même apoplectique, sans cou, renfrogné, et avec ça capable encore d’écrire des livres éblouissants d’intelligence acerbe et de lucidité. Je n’en connais pas de meilleurs sur Proust, pas de vues plus justes, ni plus orwelliennes, sur le totalitarisme et l’obscénité des intellectuels de gauche, et j’aime que le même homme ait cultivé, comme Simon Leys dont il partageait l’indépendance d’esprit, de si diverses curiosités. Je ne me doutais pas que sa merveilleuse anthologie de la poésie française, trente ans plus tard, me sauverait pratiquement la vie.”